Une courte pause à l’extérieur aide les élèves à se reconnecter à leur environnement et à revenir en classe plus concentrés.
Les enseignants du primaire cherchent constamment de nouvelles façons de maintenir l’engagement et l’attention de leurs élèves. Des recherches menées dans les écoles finlandaises ont notamment montré l’intérêt d’accorder aux enfants une pause de 15 minutes à l’extérieur après chaque période de 45 minutes d’enseignement. Cette approche a suscité un intérêt croissant et peut être intégrée, même de façon flexible, au cours de la semaine. Quelques pauses en plein air suffisent souvent à offrir aux élèves un moment de respiration avant de reprendre les apprentissages.
Les pauses ne duraient que cinq à dix minutes et reposaient sur un principe simple : le temps passé dehors ne devait pas être structuré, à l’exception de quelques règles de base. D’abord, aucune consigne pédagogique n’était donnée ; les adultes intervenaient uniquement pour rappeler les règles de sécurité. Ensuite, les élèves étaient encouragés à ne pas organiser d’activité particulière ni de jeu collectif. L’objectif était simplement de profiter d’une véritable pause. Malgré sa simplicité, cette approche a produit des résultats étonnamment positifs.
Les premiers effets observés concernaient l’attention des élèves, qui semblait s’améliorer de manière significative. Sans constituer une étude scientifique à proprement parler, cette expérience de terrain rejoint le constat de nombreux enseignants : de courtes pauses régulières à l’extérieur peuvent considérablement favoriser la concentration et la capacité des élèves à rester attentifs une fois de retour en classe.
Pourquoi les pauses en plein air sont si efficaces
Les journées de classe sont aujourd’hui très structurées, ce qui laisse de moins en moins de place à l’exploration libre et aux choix personnels. Lors de ces courtes pauses en extérieur, les élèves sont libres de décider eux-mêmes comment ils souhaitent occuper leur temps. Certains préfèrent simplement marcher tranquillement dans la cour, tandis que d’autres explorent leur environnement, observent le sol, s’intéressent aux arbres ou grimpent sur une branche basse. Cette liberté d’agir, sans objectif imposé, répond à un besoin essentiel de mouvement, de curiosité et d’autonomie.
D’autres élèves préfèrent courir dans la cour ou sur les espaces verts. Certains choisissent même de s’isoler quelques instants pour simplement s’asseoir en silence, observer leur environnement ou profiter d’un moment de calme. Cette diversité de comportements montre que, lorsqu’on leur en laisse la possibilité, les enfants savent spontanément trouver la manière dont ils ont besoin de faire une pause.
Au retour en classe, les élèves restent généralement concentrés plus longtemps, participent davantage et posent plus de questions. Ils ressentent aussi moins souvent le besoin de quitter la salle pour aller boire ou se rendre aux toilettes. Comme si cette courte pause en plein air leur permettait de revenir plus disponibles et pleinement engagés dans les apprentissages.
Le jeu libre contribue au bien-être des enfants
Au-delà de l’impact évident de cette méthode sur la concentration et la réussite scolaire, elle apporte aussi quelque chose de précieux au bien‑être des élèves. Sortir un moment des quatre murs de la classe, sentir l’air frais, bouger, souffler… tout cela nourrit leur équilibre et participe pleinement à leur développement en tant qu’êtres humains.
Il y a plusieurs décennies, Fred Rogers, créateur de Mister Rogers’ Neighborhood, a défini sept principes essentiels pour apprendre et grandir — et ils restent tout à fait pertinents aujourd’hui. Dans son émission, il rappelait souvent que les enfants ont besoin de temps pour simplement jouer. Par exemple, offrir à un élève une simple boîte en carton, sans consignes, est en réalité bien plus précieux que de lui donner un projet tout prêt avec des étapes à suivre. Pendant le jeu libre, les enfants ont l’espace pour imaginer, inventer, rêver. Et grâce à cela, ils développent leur créativité, leur confiance, leur capacité à coopérer et leurs compétences de résolution de problèmes.
Qu’en est‑il de la rigueur académique ?
Les enseignants doivent respecter de nombreuses obligations concernant le temps consacré à l’enseignement de la lecture et des mathématiques. Pourtant, ce temps est souvent réduit par des activités incontournables. Par exemple, les temps collectifs organisés par l’établissement, les actions liées aux programmes de soutien au comportement positif, les journées sportives ou les sorties scolaires prennent plusieurs heures, empiétant sur les moments où les élèves sont censés travailler de manière plus soutenue.
Pour être honnête, il faut du temps pour discuter avec les élèves, refaire un lacet ou gérer une dent qui tombe. Il faut du temps pour distribuer les feuilles, et pour que les enfants rangent leur bureau. Même si tout cela n’arrive pas chaque jour, sur une semaine, je pense que chaque enseignant devrait avoir 10 à 20 minutes quotidiennes de pause simple à l’extérieur, surtout si cela permet aux élèves d’être plus efficaces pendant le temps d’apprentissage. Cela n’a aucun sens de “gratter” ces minutes si, au final, les enfants ne produisent pas un travail de manière réellement efficace. S’ils sont fatigués, la tête posée sur le bureau, ou s’ils ne tiennent plus en place, ils n’apprennent plus. Sortez avec vos élèves.
Et qu’en est‑il du bien‑être des enseignants ? Qu’est‑ce qui permet à un enseignant de se sentir bien à l’école, alors qu’il travaille dans une classe pleine d’élèves, qu’il gère des objectifs d’apprentissage et qu’il prend des centaines de décisions pédagogiques chaque jour ? Je dirais que le temps passé dehors est bénéfique pour lui aussi. Après une pause ressourçante, l’enseignant revient en classe plus énergisé, plus disponible, et prêt à se remettre au travail avec ses élèves.
Toutes les écoles peuvent reconnaître qu’il s’agit d’un besoin essentiel. Sortir quelques minutes, respirer l’air frais, permet à chacun de se reconnecter au monde et de retrouver ses capacités. Ces courtes pauses aident les enseignants à se ressourcer et à revenir en classe plus disponibles, prêts à retrouver le niveau d’exigence attendu dans les apprentissages.
Quelques manières d’intégrer le plein air dans les apprentissages
Notre établissement accorde une place importante à l’agriculture, ce qui nous donne accès à des champs, des jardins pour pollinisateurs, des bacs de culture surélevés, des parcelles cultivées, des arbres et une serre. Mettre en place ces espaces nous a demandé plusieurs années, mais toutes les écoles n’ont pas besoin d’un dispositif aussi développé pour commencer. Voici quelques possibilités d’activités extérieures à envisager :
- Offrir un temps d’exploration en plein air aux élèves, en dehors de l’aire de jeux.
- Installer des bacs de culture surélevés (de grands contenants remplis de terre pour faire pousser des plantes) dans les espaces disponibles de l’établissement.
- Permettre aux élèves d’emporter leurs livres ou cahiers pour travailler assis sur l’herbe.
- Inviter les élèves à observer l’environnement extérieur et à partager ensuite ce qu’ils ont remarqué.
De petits aménagements extérieurs peuvent avoir un impact important sur la fréquence à laquelle les élèves sortent pendant la journée.
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