Une stratégie pour les nouveaux enseignants face aux défis rencontrés avec leurs élèves 

Ce cadre en trois étapes peut aider les nouveaux enseignants à gérer les défis de manière bénéfique à la fois pour leurs élèves et pour eux‑mêmes. 

L’enseignement comporte de nombreux défis, et les enseignants expérimentés savent désormais composer avec les imprévus. Cependant, les enseignants débutants peuvent ressentir de l’anxiété ou de l’inquiétude lorsqu’un défi ou une situation difficile apparaît.

Lors d’une visite dans la classe d’une enseignante débutante, une scène a attiré l’attention. Cette jeune professeure, dynamique et enthousiaste, travaillait avec ses élèves de sixième sur la notion d’environnement narratif. Elle leur avait demandé de rédiger une description de l’environnement de leur salle de classe. À peine avait‑elle terminé ses consignes qu’un élève protesta bruyamment : « Je ne fais pas ça. » 

L’enseignante se figea un instant, et la peur traversa brièvement son visage. Ses inquiétudes étaient probablement celles que tout enseignant débutant ressent lorsqu’il est mis au défi. Comment répondre à cet élève sans aggraver la situation ? Risquait‑elle de perdre le contrôle du reste de la classe ? Comment cette leçon soigneusement préparée avait‑elle pu déraper aussi soudainement ? 

Heureusement, l’enseignante maîtrisait un cadre en trois étapes permettant de convertir un défi en véritable opportunité pédagogique. En prenant le temps de faire une pause, de réfléchir, puis de persévérer, les enseignants débutants peuvent aborder les difficultés d’une manière bénéfique à la fois pour les élèves et pour eux‑mêmes. L’enseignante semblait appliquer ce cadre au moment où elle inspira profondément.

Faire une pause

Lorsqu’un enseignant est confronté à un défi, qu’il soit lié aux apprentissages ou au comportement, sa réaction peut soutenir la situation… ou l’aggraver. Les réponses les plus utiles apparaissent généralement lorsque l’enseignant commence par mettre en pause ses propres réactions émotionnelles. Les émotions fortes comme la peur ou la frustration peuvent surgir soudainement, telles une tempête. Mais ce temps d’arrêt ralentit l’escalade et réduit le risque de paroles ou de gestes dictés par l’impulsivité. Faire une pause suppose à la fois de reconnaître ce que l’on ressent et de disposer d’outils pour réguler ces émotions, comme une respiration profonde ou une affirmation apaisante. Cette pause devient alors l’espace entre un défi inattendu et la réponse qui suit : une protection qui permet de réagir avec intention, calme et discernement.

Après quelques respirations profondes, une lueur de confiance revint sur le visage de l’enseignante. Elle répétait souvent une petite affirmation apaisante, du type « Je peux gérer », lorsqu’elle sentait l’anxiété monter. En prenant un instant, en respirant, et en s’offrant ce rappel encourageant, elle parvint à retrouver son calme. Ce temps de pause, cet espace créé entre l’action de l’élève et sa propre réponse, lui donna l’occasion de choisir une réaction plus adaptée, bénéfique pour l’élève comme pour la situation.

Réfléchir

Dans l’espace créé par la pause, l’enseignante put réfléchir et mettre de côté ses premières suppositions pour adopter une posture plus curieuse . Elle aurait pu conclure trop vite que l’élève était paresseux ou irrespectueux, mais elle s’est ouverte à d’autres explications possibles. Il est facile de formuler des hypothèses sur les intentions ou les raisons derrière les actions d’un élève, mais agir sur des suppositions erronées peut aggraver une situation déjà délicate. Le cerveau cherche naturellement à combler les vides et à produire une explication rapide, mais le fait de réfléchir permet de questionner ce premier récit intérieur. Faire preuve d’ouverture, poser des questions et chercher davantage d’informations aide les enseignants à prendre de meilleures décisions et à obtenir de meilleurs résultats pour les élèves.

Avec une curiosité sincère, l’enseignante s’est approchée de l’élève et lui a demandé doucement : « Comment puis‑je t’aider à commencer ? Qu’est‑ce qui te bloque ? ». Elle avait appris à éviter les questions commençant par « Pourquoi », qui risquent de mettre l’élève sur la défensive. Grâce au dialogue qu’elle avait engagé, l’enseignante a pu mieux comprendre la résistance de l’élève et lui offrir le soutien nécessaire pour entrer dans l’activité. 

Réfléchir demande de l’humilité : cela implique de reconnaître ce que l’on ne sait pas encore, mais qu’il est essentiel de découvrir pour mieux accompagner les élèves. Lorsqu’un enseignant interroge avec sincérité les défis qui surgissent en classe, qu’il remet en question ses propres suppositions et qu’il cherche des informations directement auprès des élèves, il parvient à naviguer les situations difficiles de manière plus efficace. Ce processus de réflexion permet alors de repérer les opportunités cachées dans les défis, des occasions d’aider un élève à progresser ou de renforcer ses propres compétences professionnelles.

Persévérer

Pratiquer régulièrement la pause et la réflexion demande de la persévérance, et cette constance ouvre la voie à un puissant travail de reformulation intérieure. En se demandant « Quelles opportunités se cachent dans ce défi ? », les enseignants peuvent transformer une situation difficile en occasion de faire grandir la relation ou d’aider l’élève à progresser. La reformulation consiste à passer d’une posture limitante ou décourageante à une posture plus constructive et plus ouverte. Au lieu de voir la remarque de l’élève comme un problème, l’enseignante a choisi d’y voir une chance de renforcer le lien et de soutenir son développement. Avec cette manière de penser, de nombreux défis en classe deviennent des moments d’apprentissage.

Bien gérer ses émotions est essentiel pour bien gérer une classe. En pratiquant la pause, les enseignants prennent conscience de leurs pensées et émotions initiales et peuvent relâcher celles qui ne servent pas la situation. En pratiquant la réflexion, ils repèrent les suppositions inutiles qui risqueraient de les égarer. Mais si ces deux étapes s’appellent des « pratiques », c’est parce qu’elles exigent de la constance, des efforts répétés et l’acceptation des erreurs inévitables, des erreurs peuvent aussi devenir de puissants moments d’apprentissage pour les élèves comme pour les enseignants.

L’enseignement est rempli de défis, et la manière dont les enseignants y répondent peut soit les porter, soit les épuiser. En pratiquant la pause, la réflexion et la persévérance, les enseignants débutants peuvent avoir un impact plus profond sur leurs élèves et trouver davantage de satisfaction dans la gestion des situations difficiles.

Les défis rencontrés en classe sont des leviers de croissance académique, sociale et émotionnelle pour les élèves. Et ils permettent aussi aux enseignants de se développer, de gagner en résilience et de renforcer leur pratique professionnelle.

 

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