Les activités d’apprentissage à partir d’objets, une approche inspirée des pratiques éducatives des musées, aident les élèves de tous âges à mieux mémoriser les nouvelles connaissances.
Dans une école élémentaire publique située aux États‑Unis, la spécialiste en enseignement des sciences Natalie Lupo accueille les élèves dans une salle où l’exploration libre fait partie du rituel d’entrée. Pendant les cinq premières minutes, les élèves sont invités à circuler autour de la pièce pour observer les plantes, les animaux, les spécimens naturels et divers objets disposés sur les tables, les rebords de fenêtres et dans les vitrines.
Une fois cette exploration terminée, ils regagnent leur place et partagent leurs observations ou les éléments ayant éveillé leur curiosité. Bien que cette activité fasse partie de leur routine scientifique quotidienne, les objets présentés sont régulièrement renouvelés afin de stimuler une observation toujours nouvelle et d’encourager la réflexion.
L’apprentissage à partir d’objets sollicite les sens
L’apprentissage à partir d’objets (OBL) a toute sa place en classe, car il permet de toucher et d’impliquer une grande diversité d’élèves. Dans un musée d’histoire naturelle, par exemple, une grande vitrine remplie de papillons multicolores soigneusement épinglés attire immédiatement le regard. Ce type de présentation suscite la curiosité : on a envie de s’approcher, d’observer de plus près et d’en savoir plus, bien plus que devant un simple texte ou des images. L’OBL favorise aussi l’engagement émotionnel, un niveau d’implication supplémentaire qui renforce les apprentissages et la mémorisation, notamment lorsque les élèves font des liens entre les objets observés dans la cuisine d’une maison historique ou d’un musée de reconstitution et ceux de leur propre quotidien.
Les objets sont par nature multisensoriels, ce qui les rend plus accessibles à un large éventail d’apprenants, en particulier aux jeunes enfants. Inviter un élève à essayer la reproduction d’un casque romain ou à passer les mains sur la fourrure d’un renard arctique mobilise des sens qui resteraient autrement peu sollicités lorsque l’apprentissage se limite à l’écoute ou à la parole. Ces expériences multisensorielles encouragent également les élèves à prendre davantage de temps et les rendent plus réceptifs aux informations associées à l’objet.
L’apprentissage à partir d’objets fonctionne aussi avec les élèves plus âgés
Mais l’apprentissage à partir d’objets ne se limite pas aux plus jeunes élèves. Au collège et au lycée aussi, il peut être tout aussi bénéfique, à condition que les objets soient utilisés de manière adaptée à l’âge et au niveau des élèves.
Il est par exemple possible de proposer aux élèves d’explorer l’histoire des objets et la manière dont ils ont été fabriqués, comme l’évolution d’objets du quotidien ou certaines techniques artisanales anciennes. Ils peuvent également être amenés à observer des œuvres d’art ou des textiles afin de nourrir leur inspiration pour leurs propres créations artistiques. Enfin, des activités de type “sac mystère” peuvent être mises en place : des objets sont cachés dans des sacs en papier, les élèves les manipulent sans les voir, puis tentent de les dessiner ou de les décrire à partir de leurs sensations.
4 façons d’accéder à des ressources pour l’apprentissage à partir d’objets
Malgré les avantages de l’apprentissage à partir d’objets et son efficacité auprès d’élèves de tous niveaux, cette pratique reste encore peu répandue dans les classes aujourd’hui. L’un des principaux obstacles est la difficulté à trouver des objets de qualité qui suscitent la curiosité. En plus de pouvoir être coûteux, ils prennent aussi beaucoup de place. Or, tous les établissements ne disposent pas d’un espace de stockage adapté.
Cependant, il existe plusieurs moyens pour les enseignants, quel que soit leur contexte, de se procurer les ressources nécessaires pour intégrer l’apprentissage à partir d’objets dans leur classe.
- De nombreux parcs naturels régionaux, parcs nationaux et musées de sciences proposent des malles pédagogiques (valises prêtées aux enseignants et contenant du matériel éducatif, des objets et des supports d’observation) permettant d’emprunter des ressources pour travailler en classe. Dans certains cas, les frais d’envoi et de retour sont même pris en charge.
Dans de nombreuses régions en France, les musées de territoire et les sociétés d’histoire locale (structures qui conservent et valorisent des objets, documents et archives liés à l’histoire d’un territoire) disposent d’importantes collections d’objets et d’artefacts, dont une grande partie n’est pas exposée. Les contacter pour organiser des interventions en classe avec certains objets peut constituer une piste intéressante, pouvant aller jusqu’à des sorties scolaires ou la mise en place de partenariats durables avec les établissements.
Des ouvrages et travaux en sciences de l’éducation abordent également cette approche. Par exemple, Objets pour apprendre, objets à apprendre (https://www.decitre.fr/livres/objets-pour-apprendre-objets-a-apprendre-9781784058937.html) analyse la place des objets dans les pratiques pédagogiques de la maternelle à l’université. Les auteurs y montrent comment les objets peuvent devenir de véritables supports d’apprentissage et comment les élèves peuvent être amenés à les observer, les analyser et les documenter dans le cadre de projets pédagogiques, parfois en lien avec des collections locales ou des institutions culturelles.
Essayez les bibliothèques de prêt. Certains musées de sciences et centres de ressources en France, comme les musées municipaux ou les dispositifs du réseau Canopé, disposent d’importantes collections d’objets et de matériels pédagogiques utilisés lors d’ateliers ou d’animations qui ne sont plus exploités en continu. Plutôt que de les laisser inutilisés, ces institutions mettent parfois en place des systèmes de prêt (service permettant aux enseignants d’emprunter du matériel pédagogique et des objets pour une durée limitée), où les enseignants peuvent accéder, souvent gratuitement ou à faible coût, à une grande variété de ressources généralement réservées aux médiateurs culturels ou aux équipes de musée.
Renseignez-vous auprès des autres établissements de votre secteur ou de votre académie pour voir s’il est possible d’emprunter du matériel entre écoles et de mettre en place une bibliothèque de prêt inter-établissement d’objets. Le père de l’auteur de l’article a enseigné la biologie et la physiologie pendant de nombreuses années et a constitué une collection de modèles anatomiques et de spécimens conservés en bocaux, qu’il prêtait parfois à l’école élémentaire du secteur ou à des élèves pour des projets scientifiques.
Si vous souhaitez approfondir le sujet, voici deux ressources complémentaires. Le Phoenix Art Museum montre comment l’apprentissage à partir d’objets peut s’inscrire directement dans des séquences de recherche ou de lecture visant à développer les compétences en littératie. Le Réseau Canopé propose également des outils pédagogiques (notamment des supports visuels et des démarches guidées) permettant aux enseignants et aux élèves de construire des questions autour d’un objet sous différents angles et de prolonger ainsi l’exploration dans le temps (https://www.reseau-canope.fr).
Ces deux ressources peuvent vous aider à intégrer l’apprentissage à partir d’objets dans votre classe, que ce soit de manière ponctuelle, par exemple en adoptant des moments d’observation inspirés des musées, ou de façon plus approfondie, en l’intégrant dans une séquence ou un projet pédagogique plus long fondé sur l’apprentissage par projet.
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