“PISA 2022 : Résultats tombés, on fait quoi ?”

resultat pisa 2022

L’étude PISA, acronyme de Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves, orchestrée par l’OCDE, vient de dévoiler ses résultats pour l’année 2022.

Cette évaluation d’envergure internationale scrute les performances éducatives des élèves de 15 ans dans 81 pays, offrant une perspective globale sur les forces et faiblesses des systèmes éducatifs.

Publiée tous les trois ans, elle sert souvent de référence aux gouvernements pour justifier des politiques parfois très différentes en termes d’éducation.

L’édition 2022 est tombée ce mardi, de l’étude PISA révèle des résultats préoccupants pour l’enseignement en France.

Trois domaines sont passés au crible : compréhension de l’écrit, culture mathématique et culture scientifique. À chaque édition, un de ces trois domaines, dit «dominante», est davantage développé. Pour l’édition 2022 ce sont les mathématiques, qu’on pourra comparer à celle de 2012 et 2003. Au total, 70% de l’ensemble des questions portent donc sur les mathématiques.

Pisa inclut aussi un questionnaire sur l’environnement familial, socioculturel et scolaire des élèves.

Les exercices ont été soumis à 690.000 jeunes de 81 pays et territoires, soit 29 millions d’élèves de 15 ans. Il s’agit d’un échantillon tiré au sort parmi des établissements privés et publics, de manière à obtenir un échantillon représentatif.

“Les tâches les plus complexes des épreuves PISA demandent aux élèves de réfléchir à ce qu’ils lisent et de l’évaluer, et pas uniquement de répondre à des questions auxquelles il n’y a qu’une seule réponse correcte”,

En somme, plutôt que la maîtrise d’un programme scolaire précis, PISA teste l’aptitude des élèves à appliquer les connaissances acquises à l’école aux situations de la vie réelle”, 

Ce sont donc plus les compétences que les connaissances qui sont scrutées. 

En France, 6770 élèves, dans 282 écoles, y ont participé.

En culture mathématique, les résultats des évaluations montrent que la France ne fait pas exception à la baisse généralisée des performances en mathématiques dans l’OCDE. 

En culture scientifique, le score moyen de la France est en baisse par rapport à 2015.

Une baisse importante est également constatée en compréhension de l’écrit depuis 2018.

En plus de vingt ans d’existence du Programme international pour le suivi des acquis des élèves de 15 ans, dit PISA, jamais la France n’avait enregistré une telle chute de ses résultats.

1. Français et Mathématiques, une chute historique

La dégringolade du score en mathématiques souligne une crise profonde.

Dans l’enquête PISA, les compétences en mathématiques expriment l’aptitude des élèves de 15 ans à formuler, employer et interpréter des mathématiques dans de multiples contextes, pour décrire, expliquer et prévoir des phénomènes, en comprenant le rôle que les mathématiques jouent dans le monde.

La solution proposée par l’Education nationale :

Des groupes de niveaux, souhaitant s’inspirer de pays comme « la Suisse, la Suède et le Danemark », le ministre veut instaurer des « groupes de niveaux » au collège en français et en mathématiques. A partir de la rentrée 2024, les élèves de 6e et de 5e seront répartis en trois groupes de niveaux pour ces deux matières. A partir de la rentrée 2025, cela concernera aussi les 4e et les 3e.

Ces groupes seraient « flexibles », les élèves pouvant passer d’un groupe à l’autre en fonction de leur évolution, et de « dimension adaptée », avec une quinzaine d’élèves maximum pour les plus en difficulté.

Par ailleurs, les collégiens connaissant les plus grandes difficultés s’agissant du français et des mathématiques pourront désormais bénéficier d’une « scolarité aménagée » : davantage d’heures dans ces matières et moins dans d’autres.

Nouvelle épreuve de maths en première, sur le modèle de l’épreuve anticipée de français pour le baccalauréat que passent les lycéens en fin de première, le ministre a annoncé un examen similaire en mathématiques et culture scientifique « à compter de l’année scolaire 2025-2026 » et ce « pour l’ensemble » des élèves concernés. 

Même attention pour les maths au lycée professionnel, où les cours de cette matière, comme de français, se dérouleront en « petits groupes » en seconde et première professionnelle.

De nouveaux programmes (encore et encore) « De nouveaux programmes s’appliqueront à l’école primaire, à commencer, dès septembre 2024, par les classes de la maternelle au CE2 », annonce le ministre, qui se fixe deux « principes » : « simplification », avec des « programmes moins volumineux », et « clarification » sur les objectifs.

En plus, Gabriel Attal annonce vouloir adopter progressivement la méthode de Singapour pour les mathématiques », appliquée « par 70 pays ». L’apprentissage de certaines notions auront lieu plus tôt dans la scolarité, comme les fractions et les nombres décimaux dès la classe de CE1.

Notre avis et celui des neurosciences

S’assurer que les fonctions de bases soient enseignées et ne pas niveler par le bas, les apprentissages fondamentaux. Compter jusqu’à 30 comme attendus de fin de cycle 1 est une insulte aux capacités des enfants. S’assurer également que la méthode globale en apprentissage de la lecture ne soit plus autorisée dans les classes.

Les recherches en neurosciences soulignent l’importance de l’enseignement phonétique, c’est-à-dire l’association des sons aux lettres. L’activation des zones cérébrales liées à la phonologie est cruciale pour le développement de la lecture.

Pour la compréhension (comme c’est le cas en pédagogie Montessori avec les images classifiées) : intégrez des supports visuels tels que des images, des cartes, et des mots illustrés pour renforcer l’association entre les mots écrits et leurs significations. Cela peut aider à activer les régions du cerveau liées à la mémoire visuelle.

Apprentissage multisensoriel : Comme c’est également le cas en pédagogie Montessori, engagez plusieurs sens dans l’apprentissage de la lecture ou des mathématiques. ncouragez l’utilisation de manipulables concrets et d’objets tangibles lors de l’enseignement (matériel naturel ou didactique), l’utilisation de gestes, de mouvements et d’activités interactives peut renforcer les connexions neuronales et améliorer la compréhension. L’engagement physique avec des objets peut aider à renforcer les connexions neuronales liées à la compréhension des concepts.

Comme c’est le cas en pédagogie Freinet les élèves lisent ensemble et discutent du contenu. L’interaction sociale peut renforcer les aspects émotionnels de la lecture et activer des zones du cerveau liées à l’empathie et à la compréhension sociale. Au delà d’une lecture de compréhension, on va jusqu’à une lecture débat, où l’élève s’investie.

Et bien sûr donner les moyens de l’individualisation de l’enseignement : Comme pour d’autres domaines, adaptez tous les enseignement aux styles d’apprentissage individuels des élèves, par la formation de l’enseignant mais aussi par le nombre de personne en classe.

Et le redoublement , ce ne seront plus les parents mais les professeurs qui auront le dernier mot en la matière. Pour les élèves en grande difficulté, les enseignants pourront autoriser un passage sous condition (avec tutorat, stages de réussite durant les vacances scolaires…) ou les faire redoubler.

2. Inégalités persistantes : une urgence sociale et éducative

Les disparités entre les élèves favorisés et défavorisés persistent, renforçant l’injustice éducative. 

Les élèves issus de milieux favorisés ont obtenu des résultats en mathématiques supérieurs de 113 points à ceux des élèves des milieux les plus modestes (à titre comparatif, la moyenne en France est de 474 points), alors que cet écart est d’en moyenne 94 points dans les pays de l’OCDE.

Un tiers des élèves défavorisés en France sont inscrits dans des filières professionnelles, contre 17 % en moyenne dans les pays de l’OCDE 

Plusieurs facteurs peuvent être identifiés, et des actions peuvent être entreprises à la fois par les parents et les institutions pour remédier à ces inégalités. Une approche ciblée est nécessaire, comprenant des programmes de mentorat, des ressources pédagogiques adaptées et des initiatives communautaires pour soutenir les élèves issus de milieux moins favorisés.

Les facteurs contribuant au creusement des inégalités :

La ségrégation sociale via la répartition inégale des ressources scolaires entre les établissements peut conduire à une ségrégation sociale. Les écoles situées dans des quartiers défavorisés manquent de ressources, tandis que celles dans des zones plus riches bénéficient d’un financement supplémentaire.

– Les étiquettes persistante et l’orientation précoce : en plus d’une lourde stigmatisation (cf effet pygmalion) à peine le pied posé à l’école, le système français a tendance à orienter les élèves vers des filières spécifiques très tôt dans leur parcours scolaire, ce qui peut renforcer les inégalités en limitant les opportunités pour certains élèves.

– En bien évidemment l’accès aux ressources pédagogiques : Déjà que Jacqueline la documentaliste te donne pas spécialement envie d’aller au CDI, ajouté à cela les disparités d’accès aux ressources éducatives en dehors de l’école, telles que les cours particuliers, les livres et les activités parascolaires, peuvent amplifier les différences de performances entre les élèves.

LA SOLUTION PROPOSÉE PAR L’EDUCATION NATIONALE :

Bah pas grand chose en fait.

Le creusement des inégalités dans le système éducatif français nécessite une approche impliquant la collaboration entre les parents, les enseignants, les responsables politiques et les institutions éducatives pour créer un environnement éducatif équitable et inclusif. Mais si ça met trop de temps à vous de jouer les colibris.

PAR OÙ COMMENCER QUAND ON EST ENSEIGNANT

Les enseignants jouent un rôle crucial dans la réduction de ces inégalités. Voici quelques mesures que nous pouvons prendre pour atténuer les inégalités sociales dans le système scolaire :

-Différenciation pédagogique : adaptez votre enseignement en fonction des besoins individuels des élèves. Identifiez les différentes compétences et niveaux de compréhension au sein de la classe et ajustez vos méthodes d’enseignement en conséquence. Arrêtez d’enseigner la même chose pour tous, au même moment

Équité dans l’accès aux ressources : S’Assurer que tous les élèves ont un accès équitable aux ressources éducatives, prêter les manuels, les outils technologiques, et les matériaux pédagogiques quand le partenariat avec les parents est OK. Cela peut contribuer à réduire les disparités entre les élèves.

Créer un climat de classe inclusif,  un environnement où chaque élève se sent valorisé et respecté. Encouragez le respect mutuel et la collaboration, et veillez à ce que chacun ait l’occasion de participer.

Installer du soutien individualisé  : En identifiant les élèves qui ont besoin de soutien supplémentaire mettre en place un programme d’aide individualisée en incluant des séances de tutorat, des ressources supplémentaires, ou des interventions ciblées.

Communiquer d’avantage avec les parents, une communication régulière avec les parents pour les informer du progrès de leurs enfants. 

Suivre des formations, participez à des programmes de formation continue pour rester informé des meilleures pratiques en matière d’enseignement inclusif et équitable. 

Revoir notre évaluation : notamment en utilisant des méthodes d’évaluation variées qui tiennent compte des différentes compétences des élèves. 

Par où commencer QUAND ON EST PARENT

-Un engagement actif  : les parents doivent prendre leurs responsabilités et jouer un rôle actif dans l’éducation de leurs enfants en encourageant la curiosité intellectuelle, en soutenant la lecture et en offrant des opportunités d’apprentissage supplémentaires : sortez de chez vous bordel de flûte (musées, rando nature et j’en passe…)

-Se documenter ! ça passe par la sensibilisation à l’orientation, il est essentiel que les parents soient conscients des enjeux liés à l’orientation précoce et encouragent leurs enfants à explorer différentes filières avant de prendre des décisions importantes. C’est pas parce que cousin Rémi a filé droit en CAP que c’est ce qui correspond à votre enfant.

    3. Bien-être et climat scolaire : bâtir un environnement propice

    Le bien-être c’est pour les élèves et les enseignants, car c’est intimement lié au climat scolaire. Il est impératif de pense les lieux , les programmes, les temps pour qu’il soit un soutien psychologique.

    En France, environ un élève sur cinq a subi une situation de violence scolaire au cours de l’année qui précédait le test Pisa, et le sentiment de sécurité à l’école et en dehors de l’école (sur le chemin de l’école, dans les salles de classe, dans les couloirs de l’école, à la cafétéria, aux toilettes…) est moins fort en France par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE. Un climat scolaire qui nuit aux performances des élèves.

    LA SOLUTION PROPOSÉE PAR L’EDUCATION NATIONALE :

    Bah pas grand chose non plus

    Il est impératif de repenser la formation des enseignants en intégrant la connaissance profonde de la biologie de l’enfant, la connaissance des neurosciences, des besoins profonds de l’être humain pour apprendre.

    On voit des cours d’empathie à l’étranger, et l’éducation émotionnelle fait bel et bien partie des résolutions fondamentales à prendre.

    NOTRE AVIS ET CELUI DES NEUROSCIENCES

    Repartir aux fondamentaux, non pas scolaire (lire, écrire, compter), mais plutôt intégrer les fonctions exécutives comme socle de toute la vie d’un écolier. Sans oublier la formation aux VEO, à la communication bienveillante etc…

    Décloisonner l’école, parler de parentalité et d’enseignement positif ensemble, des idées à explorer.

    La création d’un environnement positif encourageant la confiance et la collaboration est essentielle à chaque étage de la communauté éducative

    4. Autonomie des enfants, des enseignants et des établissements : le pouvoir de l’innovation éducative

    L’autonomie des établissements, couplée à des mécanismes de contrôle qualité, peut stimuler l’innovation. Encourager la participation des établissements dans les décisions éducatives, soutenir la créativité pédagogique et permettre des ajustements locaux peut revitaliser l’ensemble du système éducatif.

    Hors là, Pisa est utilisé par les politiques pour penser l’action publique, cette étude leur sert à légitimer les actions qu’ils souhaitent mener sans que personne ne sachent sur quoi elles reposent.

    Ni consultation des enseignants, ni cellule de rercheche…le choc pisa n’est pas pour maintenant

    Face au défi exposé par PISA 2022, l’éducation française nécessite une transformation profonde. Est ce possible ?

    Ministère politisé qui travaille plus sur les idéologies que sur la recherche scientifique pour répondre au besoin des questions contemporaines.

    En adoptant des approches spécifiques pour chaque lacune identifiée, en investissant dans la formation continue des enseignants et en encourageant l’innovation, la France peut non seulement retrouver son excellence éducative, mais aussi façonner un modèle éducatif adaptable, équitable et ancré dans les besoins évolutifs de la société. L’avenir de l’éducation française repose sur la volonté collective de créer un environnement éducatif où chaque élève peut exceller. Mais c’est un mirage porté par quelques indépendants optimistes comme Eduscopie.

    Pour aller plus loin : Téléchargez notre “8 étapes pour créer votre structure éducatives”

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