Ecole par la nature, Forest School, Kesako ?

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Ecole par la nature, Forest School, Kesako ?
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Vous êtes sur le podcast d’Eduscopie, organisme de formation qui accompagne les écoles indépendantes et innovantes dans leur optimisation administrative et pédagogique. 

Aujourd’hui, Caroline va nous parler de la création de son école indépendante et de la pédagogie par la nature.


Eduscopie : Bonjour Caroline, bienvenue dans le podcast peux-tu te présenter ?

Caroline : Bonjour, je m’appelle Caroline, je suis franco-allemande. J’ai fait mes études d’éducatrice de jeunes enfants en Allemagne et c’est à cette période que j’ai connu les bay Kindergarten. Alors, c’est un terme en allemand qui se traduit par enfant en forêt. Il en existe des milliers en Allemagne, c’est une vraie institution là-bas. Ce concept m’a tout de suite séduit. Quand je suis arrivé sur l’île de Ré en 2006, j’ai toujours eu ce souhait de créer mon jardin d’enfant en forêt, je me suis tout de suite aperçu que mon projet arrivait encore un peu trop tôt en France. À l’époque, on ne connaissait pas ce concept d’accueillir des enfants 100 % en plein air dans les bois.

Moi, j’étais beaucoup dans les projets, j’écrivais beaucoup sur ce qui me plairait de faire dans l’avenir. 

Et je n’étais pas vraiment dans la pratique jusqu’en 2016. 

Alors le déclic, c’était en lisant le livre de Sarah Wauquiez “Les enfants des bois”, c’est le premier livre qui parle de la pédagogie par la nature en France. 

Aujourd’hui, j’ai des sorties en plein air pour les enfants à partir de 2 ans. Ce sont des sorties régulières, à l’époque, je le proposais aux enfants de 2,3 ans accompagnés de leurs parents. 

Ensuite, j’ai créé l’association école buissonnière en août 2016. 

J’ai commencé à proposer à côté des sorties le mercredi, les stages Robinson pendant les vacances scolaires et petit à petit, j’ai réussi à faire connaître la pédagogie par la nature sur le territoire et aujourd’hui, je souhaite créer une école de forêt sur l’île de Ré. 

Eduscopie : Ces écoles existent déjà dans les pays anglo-saxons, mais pas encore en France ? 

Caroline: Oui alors pas seulement dans les pays anglo-saxons. Il y a énormément de structures en Allemagne. Cependant, ça vient des pays plus nordiques, comme le Danemark, ce concept s’est répandu effectivement en Allemagne, en Norvège, mais aussi en Grande-Bretagne et aujourd’hui, on peut voir que ce genre de structure commence à voir le jour partout dans le monde et on est très à la traîne en France, effectivement.

Eduscopie : Du coup, quelles sont les spécificités organisationnelles et pédagogiques de votre pédagogie ?

Caroline: Alors comme je disais, je m’inspire de la pédagogie par la nature donc la pédagogie par la nature se caractérise par des sorties régulières par n’importe quel temps, qu’il pleuve qu’il vente, qu’il neige, il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que des mauvais avis !

Cependant il, très important de vêtir les enfants pour qu’ils puissent profiter de leur sortie de leur apprentissage dans la nature, c’est la base en fait et ensuite, nous aux professionnels de trouver un endroit qui est inspirant pour nous, mais surtout pour les enfants. On a souvent remarqué que dans un lieu boisé, c’est quelque chose qui inspire beaucoup les enfants, ils adorent faire des cabanes, jouer avec les bâtons. 

Simplement avec le matériel qu’ils vont trouver dans les bois pour en faire leur jeu. Donc le lieu doit être inspirant. Ensuite, dans la pédagogie par la nature, on pratique le jeu libre, c’est vraiment une caractéristique de la pédagogie par la nature, on laisse beaucoup de jeu libre pour les enfants pour

qu’ils puissent aller vers les jeux qui leur parlent, jouer avec les amis avec qui on a envie de jouer, on a vraiment remarqué qu’à partir du jeu libre les enfants apprennent plein de choses par eux même.

Ensuite, on autorise les enfants à prendre des risques mesurés cela veut dire que nous, en tant que professionnels, on va quand même préparer le terrain pour qu’il y ait le moins de risques possibles. Par contre, on ne va pas commencer à abattre des arbres ou à enlever des fleurs qui pourraient être toxiques parce qu’un enfant pourrait en manger. 

Vraiment tout ça c’est dans la pédagogie, c’est très important pour que le lieu naturel soit le plus authentique possible, on va autoriser les enfants à grimper dans les arbres pour que les enfants puissent prendre confiance en eux, connaître leurs corps, connaître leurs limites et apprendre plein de choses par ce moyen là. Ensuite la place du pédagogue par la nature, ça va plus être un accompagnateur plutôt qu’un guide, on va observer ce qui préoccupe les enfants pour préparer leurs activités pour gentiment les guider vers ceux qui les intéressent. 

Eduscopie : Quelles difficultés ce genre d’école rencontre-t-elle au quotidien ?

Caroline: Quand je suis arrivé sur l’île de Ré avec ce projet comme j’ai pu vous le dire tout à l’heure, j’arriverai un peu trop tôt avec mon projet même si en Allemagne, où j’ai connu ce concept, c’était déjà une institution. 

En France, on était vraiment loin des jardins d’enfants en forêt. Ma première difficulté donc, c’était de faire comprendre aux gens que la pédagogie par la nature, c’est quelque chose qui a énormément de bien fait pour les enfants. 

Donc quand j’ai été voir différents maires sur l’île de Ré pour leur parler de mon projet, personne ne connaissait la pédagogie par la nature. On m’a souvent découragé, pas seulement les maires, mais aussi les amis qui m’entouraient, ils m’ont dit, c’est très sympa comme projet, mais ça ne va pas marcher parce qu’en France, les gens ne sortent pas quand il pleut, en hiver il va faire trop froid, à la limite, j’aurais du monde en été mais ça ne va pas pouvoir me faire vivre. 

Il y a une seule mairie qui a cru en mon projet dès le début et jusqu’à maintenant, c’est la mairie de Sainte-Marie de Ré.

Ils ont cru en mon projet dès le départ et c’est la raison pour laquelle je souhaite créer mon école sur cette commune aujourd’hui, il y a beaucoup de maires des autres communes qui pensent que je suis une concurrence pour les écoles publiques. Ils ont peur que je prenne les élèves de leurs écoles. Donc voilà, c’est un peu particulier effectivement, je me rends compte que je suis sur un territoire avec beaucoup de spécificités aussi. L’île de Ré a vraiment à beaucoup de réglementation en ce qui concerne l’urbanisme. Pour installer un local sur un terrain boisé, c’est quasi impossible, les réglementations d’urbanisme sont très très compliquées. D’ailleurs, récemment, on m’a fait remarquer que mes activités étaient sur un terrain à risque incendie. On me dit de déménager de ce terrain pour en trouver un autre donc la c’est retour à la case départ. Ça paraît très fermée et pas très ouvert pour ce type de projet sur l’île de Ré.

Après, j’ai cette chance de connaître la mairie de Sainte-Marie de Ré et d’avoir leur soutien.

On essaie de trouver des solutions et petit à petit, je commence à voir la lumière au bout du tunnel, mais c’était quand même très difficile, ça fait quand même depuis 2006 que je réfléchis à ce projet, on est aujourd’hui en 2021. J’ai eu beaucoup de problèmes à solutionner et j’ai jamais lâché l’idée de créer cette école dans les bois mais je me rends compte que le territoire de l’île de Ré n’est pas plus simple mais je pense avoir trouvé la perle rare. 

Eduscopie : D’un point de vue financier, existe-t-il des aides spécifiques pour votre projet ?

Caroline: Effectivement, quand j’ai eu le souhait de créer une école alternative dans les bois, j’ai eu envie d’en faire profiter à un maximum d’enfants pour qu’il puisse y participer et donc s’inscrire dans une école dans les bois. Une école uniquement ouverte pour les plus aisés ne m’intéresse pas.

On a beau habiter sur l’île de Ré, on a quand même beaucoup de parents qui habitent dans des HLM et qui n’ont pas forcément les moyens pour inscrire leurs enfants dans des écoles alternatives et moi mon souhait, c’est que tous les enfants puissent avoir accès aux bienfaits de la nature. Donc j’ai longuement réfléchi à un fonctionnement pour baisser les frais de scolarité un maximum. 

Aujourd’hui, on a un avantage, c’est qu’on a beaucoup de touristes sur l’île de Ré surtout en été, qui souhaite aussi s’approcher de la nature. Donc, je vais continuer les stages Robinson pendant les vacances scolaires et les activités extra-scolaires et périscolaires les mercredis. Cela me donnera une trésorerie qui me permettra de baisser au maximum les frais de scolarité pour les enfants qui viennent à l’année. 

Le coût de la scolarité est donc de 175 € les premières années et je souhaite créer une école à mi-temps donc de 9h à 14h. Quand on aura trouvé une solution pour garder des enfants la journée complète même si ce n’est pas encore à l’ordre du jour je ne voudrais pas dépasser les 250 €. 

Eduscopie : Du coup, ça reste abordable pour tous les revenus des parents. 

Caroline: Oui, c’était le but effectivement de pouvoir offrir ce service à une multitude de personnes et donc pas qu’aux riches. 

Eduscopie: Sous quel statut on peut ouvrir cette école ?

Caroline: Moi, j’ai opté pour la création d’une association, à vrai dire je ne me suis même pas trop posé la question, ensuite je me suis rendu compte que c’était plus facile avec ce statut pour demander des subventions, même si je n’ai pas encore eu le temps de faire des demandes de subventions. Je pense que dans un proche avenir je vais peut-être pouvoir en bénéficier.

Après, je ne sais pas si on a le temps encore de parler de ça, mais je voudrais vraiment parler aussi du réseau, celui de la pédagogie par la nature.

Eduscopie : Oui bien sûr ! 

Caroline : Donc, moi au départ j’étais seul avec ce projet de la pédagogie par la nature en 2006, personne ne connaissait. Quand j’ai créé mon association en 2016 j’ai regardé sur Internet et je n’ai jamais trouvé quoi que ce soit sur ce sujet en langue française. 

Petit à petit j’ai rencontré des personnes, dont une qui était dans la Drôme, elle avait un projet comme moi. À l’époque, elle m’avait contacté pour me dire qu’elle a fait des recherches car elle voulait créer une association qui s’appelle école buissonnière et elle est tombée sur la mienne.

Donc moi j’étais complètement ravi de voir qu’il y avait d’autres personnes en France qui partageaient la même passion que moi et qui connaissaient la pédagogie par la nature. On s’est donc rencontré avec une dizaine d’autres porteurs de projet à Paris pour parler de la pédagogie de la nature et pour échanger sur notre expérience. 

On a décidé ensemble de créer le réseau de la pédagogie par la nature en décembre 2017. On a continué à côté de proposer nos activités, on était vraiment en lien étroit les uns avec les autres. Aujourd’hui le réseau à 4 ans d’existence, il commence vraiment à être de plus en plus connu on compte plusieurs centaines d’adhérents par an.

Moi, je suis membre du CA et du RPPN et c’est vraiment une fierté d’avoir créé ce réseau parce qu’ on se rend compte que grâce à ce réseau, on a pu mettre en lien des porteurs de projets qui veulent pratiquer la pédagogie par la nature mais pas seulement. C’est aussi des gens qui veulent en savoir plus sur la pédagogie par la nature et c’est quelque chose qui nous lie donc on est très content. 

Aujourd’hui au RPPN, on a envie de mettre en lien les gens, de faire connaître la pédagogie par la nature en France. D’avoir un lien aussi avec les pays étrangers qui pratiquent la pédagogie par la nature on a créé des cercles de travail pour justement travailler autour du lobbying et pour se faire reconnaître en France. On a aussi créé des formations pour se former à la pédagogie par la nature, on a plein d’idées en tête et j’en suis ravie car ce réseau aujourd’hui fait connaître la pédagogie par la nature en France.

Aujourd’hui, j’ai vraiment envie de remercier mon groupe de travail. On est une dizaine ou une quinzaine de personnes dans ce groupe de travail, c’est des personnes de tout horizon ce n’est pas que des parents qui ont envie d’inscrire leurs enfants dans ce projet, il y en a bien sûr et c’est très bien car ils sont peut-être encore plus motivés, mais ce qu’il me touche encore plus que c’est des gens que j’ai pu accueillir dans mon groupe de travail qui par exemple viennent de Lyon, que je n’ai jamais vu. Ils ont eu connaissance de mon projet et ils ont très envie que ce projet aboutisse.

Ils m’aident aussi dans les tâches de tous les jours donc ça c’est quelque chose qui me touche vraiment énormément et ça me réconforte dans l’idée que je suis sur le bon chemin, le bon projet et si j’arrive à motiver des gens de l’autre bout de la France à m’aider, c’est que je fais quelque chose de bien.

Eduscopie : Exactement, et puis l’union fait la force ! Quel conseil donneriez-vous au porteur de projet avant de débuter ou aux personnes qui s’intéressent à votre pédagogie ? 

Caroline : Alors, c’est une bonne question. La première chose c’est croire en son projet, à plusieurs reprises j’ai laissé tomber le projet mais à chaque fois je l’ai repris. Au début aussi je n’avais pas ce groupe de travail et c’est grâce au groupe de travail et aux gens qui me soutiennent que j’en suis là. 

Ensuite être en bon terme avec la mairie pour que le projet puisse voir le jour. Aussi, il faut toujours se battre pour des projets en nature car la pédagogie en nature en France c’est loin d’être une institution elle commence tout juste à se faire connaître, donc il faut continuer à se battre pour que cette pédagogie puisse être reconnue un jour par le gouvernement et qu’on a la même reconnaissance qu’ en Allemagne en Bretagne. 

Eduscopie : Mais bon espérons que ce projet aboutit bientôt en France. Et que vous ouvrirez bientôt votre école. 

Caroline : Mais c’est prévu pour septembre 2021, donc j’espère que oui, que j’aurai du succès et que ca se passe comme j’avais imaginé mais bon, je me suis fait connaître depuis 2016 par les habitants de l’île de Ré, il y en a beaucoup qui ont hâte d’inscrire leurs enfants dans l’école pour qu’il puisse pleinement profiter des bienfaits de la nature. Pour moi, les bienfaits de la nature sont visibles quand on s’y rend régulièrement, c’est déjà très bien d’y aller une fois par semaine. Proposer des sorties mais avoir le suivi des enfants qui viennent tous les jours par n’importe quel temps vraiment vivre les saisons à 100 %, c’est quelque chose, j’ai hâte de commencer toute cette expérience-là. 

Eduscopie : Du coup là, c’est une question de quelques mois. 

Caroline : Oui !

Eduscopie : On a hâte. Je vous remercie Caroline pour votre temps et pour l’interview, j’espère que votre école ouvrira du coup pour septembre et je vous dis à bientôt !

Caroline : Oui merci, je vous dis à bientôt !

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