Les enseignants peuvent utiliser ce système pour guider les élèves dans le développement d’une compréhension approfondie et durable des enjeux environnementaux.
Naviguer dans la jungle dense de l’éducation à la durabilité peut sembler décourageant. Les exigences des programmes occupent une place considérable, et une multitude de ressources en ligne promettent des solutions, mais rares sont celles qui offrent un chemin clair.
Certains supports ne proposent que des îlots d’information : des fiches remplies de faits, des vidéos montrant des problèmes environnementaux, ou encore des activités de plantation d’arbres qui n’explorent pas les causes profondes du changement climatique.
D’autres encouragent un engagement superficiel : des journées de nettoyage ou des collectes de recyclage qui ne permettent pas de développer une compréhension plus profonde des systèmes environnementaux interconnectés.
Ces efforts pourtant bien intentionnés laissent souvent les élèves avec des connaissances fragmentées, un sentiment d’impuissance et une capacité d’action limitée.
Ils parviennent à comprendre le “quoi”, mais peinent à saisir le “pourquoi” : pourquoi le changement climatique se produit‑il ? comment nos actions influencent‑elles l’environnement ? quelles solutions durables existent, et comment pouvons‑nous les défendre ? Cette approche ne favorise pas le développement de la pensée critique, de la pensée systémique ni des compétences de résolution de problèmes, pourtant essentielles pour relever les défis complexes liés à la durabilité.
Une approche holistique de cet enseignement est essentielle.
Il est nécessaire d’aller au-delà des simples « journées de la durabilité » ou des clubs périscolaires qui ne concernent qu’un petit nombre d’élèves particulièrement motivés.
Pour favoriser un véritable état d’esprit orienté vers la durabilité et offrir aux jeunes les moyens de comprendre et d’agir dans un monde en transformation, l’éducation doit s’appuyer sur un cadre structuré. Ce cadre vise à renforcer les connaissances, la pensée critique et la capacité d’action des élèves, tout en proposant aux enseignants une approche cohérente pour concevoir des apprentissages significatifs, globaux et ancrés dans les enjeux de durabilité.
Ce modèle repose sur trois phases clés : apprendre sur, apprendre pour et apprendre en tant que durabilité.
Apprendre sur la durabilité
La première phase consiste à développer une compréhension approfondie des systèmes environnementaux et sociaux. Elle met l’accent sur l’interconnexion des phénomènes, un concept central en éducation à la durabilité et en sciences naturelles.
L’objectif est d’amener les élèves à identifier des exemples concrets de durabilité, à comprendre les critères qui rendent une action ou un système durable, et à distinguer ce qui ne l’est pas.
Dans une séquence menée en classe de CM2 autour du thème des énergies renouvelables, il a été observé que consacrer un temps conséquent à cette phase initiale favorisait une meilleure assimilation des connaissances à long terme. Les enseignants ayant déjà travaillé sur cette unité les années précédentes ont souligné l’importance de consolider d’abord les bases scientifiques et conceptuelles avant d’aborder les distinctions entre ressources renouvelables et non renouvelables.
Cette expérience met en évidence l’importance :
d’ancrer l’enseignement de la durabilité dans les programmes officiels, souvent liés aux sciences ;
de renforcer les connaissances par des activités pratiques et expérimentales ;
de profiter de cette phase pour nourrir le lien avec le monde naturel;
de mobiliser des études de cas réelles et locales pour contextualiser les apprentissages ;
et d’utiliser des outils de pensée visible afin de rendre explicite la progression des idées et la compréhension des élèves.
Apprendre POUR la durabilité
Si l’acquisition de connaissances constitue une étape essentielle, l’éducation à la durabilité repose avant tout sur le développement de compétences permettant une participation active et responsable. Cette phase vise à renforcer des compétences clés du XXIᵉ siècle : pensée critique, pensée systémique, créativité et responsabilité éthique.
À travers des activités telles que la comparaison d’études de cas, les élèves développent une pensée systémique en analysant les éléments interconnectés et les conséquences possibles des actions et des comportements. La créativité intervient lorsqu’ils proposent des solutions, tandis que le questionnement critique et éthique favorise des perspectives nuancées et évite les raisonnements simplistes.
Dans l’unité « Énergies renouvelables », les élèves ont mené des activités de réflexion critique à partir d’études de cas comparant différentes sources d’énergie dans diverses régions du monde. Ils ont mobilisé leur pensée systémique pour comprendre des enjeux complexes : réalisation de cartes systémiques, identification des parties prenantes et repérage des points de vue divergents. Les discussions ont porté sur les nuances entre énergie sûre, propre et renouvelable, sur la dépendance aux combustibles fossiles et sur les limites des énergies renouvelables. Cette richesse d’apprentissage a été rendue possible grâce à la base de connaissances solide construite lors de la phase sur.
Les pratiques pédagogiques clés consistent à :
- Créer des occasions de comparaison et de mise en contraste ;
Utiliser des outils de pensée visible, tels que les cartes systémiques, pour rendre la complexité perceptible ;
Poser des questions stimulantes afin de nourrir la discussion et de remettre en question les idées préconçues ;
Instaurer un cadre sécurisant où la pensée critique et la confrontation d’idées peuvent s’exprimer librement.
Apprendre EN TANT QUE durabilité
Le point culminant de l’éducation à la durabilité est atteint lorsque les connaissances, les compétences et les dispositions se traduisent en actions concrètes et porteuses de sens.
Cette phase consiste à mettre en pratique les apprentissages acquis, que ce soit à travers des initiatives de durabilité au sein de l’école, des collaborations avec des organisations locales ou des projets ancrés dans la communauté. L’objectif est de transformer la théorie en contributions tangibles répondant aux défis réels de la durabilité.
Les projets d’action sont menés par les élèves, avec l’accompagnement des enseignants, et s’appuient sur les phases sur et pour. Les apprentissages sont ainsi mobilisés pour concevoir des pistes d’action pertinentes, fondées sur des besoins concrets, dépassant les démarches symboliques ou superficielles.
Dans l’unité « Énergies renouvelables », les élèves ont appliqué leurs apprentissages à travers des projets d’action fondés sur les enseignements tirés des phases précédentes du cadre. Certains ont conçu des affiches à placer près des interrupteurs afin d’encourager une utilisation réfléchie de l’énergie, tandis que d’autres ont organisé une collecte de fonds pour l’installation de panneaux solaires supplémentaires sur le toit de l’école, illustrant ainsi des solutions énergétiques alternatives. Les enseignants ont favorisé le travail en petits groupes, adoptant un rôle de coach plutôt que de chef de projet, afin de soutenir l’autonomie et la responsabilité des élèves.
Les principes transférables consistent à :
- Impliquer les élèves dans des projets de service et des collaborations avec des partenaires locaux ;
Intégrer des actions concrètes au sein de la communauté scolaire ;
Positionner l’enseignant comme facilitateur, accompagnant la réflexion et l’action ;
Donner aux élèves le pouvoir d’agir, en mobilisant leurs apprentissages antérieurs pour élaborer des pistes d’action pertinentes.
Une éducation à la durabilité efficace s’articule autour des apprentissages sur, pour et en tant que durabilité. Ce cadre ne constitue pas une formule rigide, mais un guide permettant de garantir la présence équilibrée de chacun de ces éléments dans l’enseignement. Il dépasse la simple théorie en donnant aux élèves les moyens d’avoir un impact positif sur leur environnement et leur société.
Dans le contexte éducatif du XXIᵉ siècle, une approche holistique soutient non seulement la rigueur académique et la compréhension, mais aussi le développement de compétences essentielles, le renforcement du pouvoir d’agir et la préparation à un avenir incertain. En intégrant la durabilité comme composante incontournable d’une éducation interdisciplinaire, l’école contribue à amorcer une transition vers un avenir plus durable.
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