Comment les écoles en forêt aident les enfants à se remettre de la surcharge d’écrans
Trop de temps passé devant les écrans reprogramme le cerveau des enfants. L’anxiété augmente et les capacités d’attention diminuent. Les écoles en forêt peuvent-elles y remédier ?
Traduction d’article UNESCO du 7 août 2025
L’impact croissant du temps d’écran sur les enfants
Une épidémie silencieuse se déploie dans nos maisons, nos classes et nos terrains de jeux. Ses symptômes se manifestent dans les épaules voûtées d’un enfant penché sur une tablette lumineuse, le regard vide d’un adolescent perdu dans des reels TikTok sans fin, ou l’anxiété grandissante d’une préadolescente qui mesure sa valeur à travers les filtres Instagram.
Des heures interminables passées devant des écrans réécrivent silencieusement le plan de l’enfance, remodelant la manière dont les jeunes pensent, interagissent, se développent et expérimentent le monde.
Aujourd’hui, les jeunes âgés de 8 à 18 ans passent entre 5 et 9 heures par jour devant des écrans, mais moins de 10 minutes par jour à jouer dans la nature. Résultat : augmentation de l’anxiété, insatisfaction corporelle, diminution de la capacité d’attention, perte de créativité et nuits sans sommeil. Les scanners cérébraux montrent même que les enfants collés aux écrans présentent un amincissement prématuré du cortex préfrontal, le centre de contrôle du cerveau responsable de la régulation des impulsions, de l’attention, des émotions et de la prise de décision.
Les bienfaits de la technologie sont indéniables : elle est un outil d’éducation, de connexion et d’innovation. Pourtant, la présence omniprésente des appareils a un coût.
L’essence même de l’enfance – curiosité, exploration, connexion – est fragmentée par des algorithmes et des appareils conçus pour capter leur attention, les empêchant de découvrir le monde réel, désordonné et sauvage qui les entoure.
Le rôle de la nature dans le développement des enfants
Mais il existe une solution, et elle ne passe pas forcément par des règles plus strictes sur le temps d’écran ou la prochaine application de “tech mindfulness”. L’antidote est beaucoup plus simple et ancien : c’est la technologie originelle : la nature.
La beauté brute et non filtrée du monde naturel offre quelque chose qu’aucun appareil ne peut reproduire. Les études montrent systématiquement que le temps passé dans la nature améliore la santé mentale, réduit le stress et renforce la concentration, la résilience et l’empathie.
La nature recalibre littéralement le cerveau, offrant un antidote bienvenu au bourdonnement incessant de l’ère numérique. Les enfants qui grimpent aux arbres, explorent les parcs et se salissent les mains redécouvrent leur capacité à penser de manière créative, résoudre des problèmes et relever des défis. Plus profondément encore, la nature aide les enfants à se reconnecter – avec eux-mêmes, avec les autres et avec le monde vivant.
Les écoles en forêt : une approche différente de l’éducation
Un mouvement qui favorise cette reconnexion est celui des écoles en forêt. Ces écoles reposent sur une idée simple mais radicale : la meilleure salle de classe n’a pas de murs. Ici, la nature est enseignante.
Peut-être nulle part les écoles en forêt ne sont-elles plus essentielles que dans les environnements urbains, où les jeunes sont souvent entourés de béton, de bruit et du tumulte de la vie moderne.
Mais dans une banlieue de Perth, en Australie, les enfants renouent avec la nature – non seulement pour jouer, mais aussi pour apprendre.
Dans les écoles primaires de Padbury, à Perth, les élèves transforment leurs écoles en forêts. Guidés par l’écologiste Grey Coupland, ils deviennent des scientifiques citoyens, plantant des forêts sur leurs terrains scolaires selon la méthode Miyawaki pour aider la nature à prospérer en milieu urbain. Développée dans les années 1970 par le botaniste japonais Akira Miyawaki, cette méthode sélectionne avec soin des plantes locales pour créer des poches de biodiversité denses et à croissance rapide qui imitent les écosystèmes forestiers naturels.
La méthode Miyawaki : une solution pour les environnements urbains
Le concept Miyawaki remonte aux années 1970, lorsque le botaniste japonais Akira Miyawaki constatait le déclin des forêts au Japon. Mais au milieu de ce désastre écologique, il remarqua des poches de forêt primaire autour des temples et sanctuaires. Inspiré par ces merveilles naturelles, il créa la méthode Miyawaki, plantant de mini-forêts au Japon et en Asie du Sud-Est. C’est ce concept qui inspira Grey Coupland.
Aujourd’hui, Coupland travaille avec les enfants de Perth pour construire des écoles en forêt. Ensemble, ils fabriquent du compost à partir des déchets alimentaires et des restes, créant un système circulaire où les déchets d’hier nourrissent les arbres de demain. Ensuite, ils plantent. Les plantes locales prennent racine, soigneusement choisies pour prospérer dans leur environnement, et bientôt, une forêt émerge – offrant de l’ombre, rafraîchissant l’air et attirant la faune.
Mais le processus ne s’arrête pas à la plantation. Chaque mois, les enfants mesurent la croissance des plantes, surveillent la santé du sol et la température de l’air, et collectent des données sur la diversité des espèces dans leur forêt. Ils n’observent pas seulement les changements : ils les créent. Et ce faisant, ils apprennent des compétences qui vont bien au-delà de la cour de récréation : collaboration, résolution de problèmes et respect profond du monde naturel.
Les écoles en forêt se multiplient à Perth
Coupland, inspirée par la méthode Miyawaki et son potentiel en milieu urbain, a présenté son projet à un directeur d’école local et au projet UNESCO Green Citizens. Son idée est rapidement devenue réalité.
Et le mouvement prend de l’ampleur. Des forêts Miyawaki ont poussé dans quinze écoles à Perth, avec des enfants, enseignants et communautés locales travaillant ensemble pour transformer les espaces urbains en écosystèmes florissants.
Le plan de l’enfance n’a pas été perdu à cause des écrans : il est là, attendant, silencieusement, dans la nature. Il suffit d’aider les enfants à y revenir.
Cet article a été écrit par Natalie Kyriacou OAM. Natalie est une pionnière du projet UNESCO Green Citizens, administratrice de la Fondation pour les parcs nationaux et la faune, administratrice de CARE Australia, fondatrice et présidente de My Green World, membre du XPrize Brain Trust pour la biodiversité et la conservation, et représentante australienne et responsable de la justice climatique au W20 (groupe officiel du G20).




