Enseigner l’amitié à l’école maternelle

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Enseigner l’amitié à l’école maternelle

Les jeunes enfants ont un profond désir de se faire des amis, mais ils ne savent pas toujours comment interagir avec eux. Il est donc être important de promouvoir des valeurs saines autour de l’amitié dès la maternelle.

De nombreux enseignants s’adressent à leurs élèves en les appelant “les amis”, “les copains” mais avons-nous déjà pris le temps de réfléchir à la raison de cette habitude ?

Pour ma part, c’est un choix délibéré : je les appelle ainsi parce que je veux qu’ils le deviennent réellement. Ces enfants vont grandir ensemble, probablement jusqu’à la fin du collège. C’est une longue période à passer aux côtés de quelqu’un si on ne l’apprécie pas. Même s’ils ne développent pas tous des amitiés profondes, j’aimerais au moins qu’ils apprennent à se traiter avec respect et bienveillance.

Un jour, alors que j’étais en remplacement, un élève est venu me voir, contrarié parce qu’un camarade lui avait dit qu’ils n’étaient pas amis. Un collègue lui a alors répondu : “Tu ne peux pas être ami avec tout le monde.” Cette phrase m’a interpellée : n’était-ce pas une manière d’éviter une discussion plus profonde avec cet enfant ?

En tant qu’adulte, nous savons que certaines relations peuvent être contrariantes. En tant que parent, il arrive que l’on préfère que notre enfant ne fréquente pas certaines personnes, et c’est compréhensible. Mais un enseignant a une mission différente : il doit à la fois éduquer et prendre soin de l’ensemble de sa classe, en instaurant une culture bienveillante et positive.

Comprendre les comportements des jeunes enfants

À cet âge, les enfants peuvent parfois avoir des réactions abruptes : ils font des crises de colère, blessent leurs camarades pour des broutilles ou lâchent des paroles blessantes sans se rendre compte de leur impact. Ils n’ont pas encore les outils pour décrypter les normes sociales, résoudre les conflits de manière appropriée ou prendre du recul face à une situation difficile. Même s’ils aspirent à avoir des amis, ils ne savent pas toujours comment les traiter.

Certains développent des attachements excessifs, d’autres laissent leurs camarades prendre tous leurs jouets dans l’espoir d’être appréciés, tandis que certains manipulent l’amitié à leur avantage (“Si je ne suis pas le premier de la file, alors je ne suis plus ton ami”).

Ces comportements sont courants à la maternelle, mais cela ne signifie pas qu’il faut les laisser perdurer. Accompagner les enfants dans l’apprentissage des relations sociales est essentiel.

Cultiver l’amitié dans la classe

Alors, comment aider les enfants à construire des amitiés saines ? En leur enseignant des comportements adaptés et en modélisant des interactions bienveillantes. Voici quelques principes clés à transmettre en classe :

  • Les amis peuvent se fâcher l’un contre l’autre. Dire “Tu n’es plus mon copain” est une phrase récurrente chez les jeunes enfants. Il est important de leur expliquer que la colère ne signifie pas la fin d’une amitié. Les conflits font partie de la vie, et apprendre à pardonner est essentiel.

  • Les amis ne sont pas toujours obligés de jouer ensemble. Il est naturel d’avoir des préférences, mais ne pas être à côté de son “meilleur ami” ne signifie pas que l’amitié est terminée. Il faut encourager les enfants à exprimer leurs envies sans blesser l’autre : “Je joue avec les voitures maintenant, mais on pourra jouer ensemble plus tard.”

  • Les amis peuvent avoir d’autres amis. L’amitié n’est pas exclusive. Pour illustrer cela, j’ai déjà invité deux collègues dans ma classe et expliqué aux enfants qu’ils étaient tous les deux mes amis, mais aussi amis entre eux.

  • Nous nous soucions de tout le monde. Voir un camarade en difficulté peut être déroutant pour un enfant de trois ans. Les enseignants jouent alors un rôle clé en donnant le ton de la classe. Il s’agit de trouver le bon équilibre entre fermeté et bienveillance, en posant des attentes claires.

Si un enfant se comporte mal, la manière dont l’enseignant gère la situation influence toute la classe.

Il est important de fixer des limites sans perdre son calme : “tu peux aller t’asseoir dans l’espace de retour au calme, et tu pourras revenir quand tu te sentiras mieux.” L’objectif n’est pas d’exclure l’enfant, mais de lui montrer qu’il est toujours le bienvenu une fois apaisé.

Insistons sur le fait que les règles existent pour assurer le bien-être de tous. Il n’y a pas de “mauvais” enfants, seulement des enfants qui apprennent. Et si l’enseignant montre qu’il se soucie de chaque élève, les autres élèves suivront naturellement son exemple.

Créer une culture d’empathie

Plus l’enseignant investit dans le développement de relations positives au sein de la classe, plus les enfants apprennent à jouer, travailler, rire et surmonter leurs difficultés ensemble. Avec ces stratégies mises en place dès le début de l’année, on constate souvent un réel élan d’empathie et de solidarité en classe au fil des mois.

Un dernier point : je n’aime pas l’admettre, mais mon collègue à raison sur un point – on ne peut pas être ami avec tout le monde. Mais à trois ans, les enfants ne le savent pas encore… alors pourquoi briser trop tôt la magie de l’amitié ?

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