École démocratique, Kesako ?

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École démocratique, Kesako ?
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Aujourd’hui, Yazid nous parle de la création de son école indépendante et de l’éducation démocratique.


Yazid : L’école démocratique de Paris est une école privée hors contrat, associative située dans le 19e arrondissement de Paris. Elle accueille des enfants de 5 à 18 ans, c’est une école primaire et secondaire, qui fonctionne dans le respect des principes de l’éducation dite démocratique.

En quelques mots, l’éducation démocratique consiste en trois principes fondamentaux : 

  • Le premier c’est la notion d’égalité adulte-enfant. 

Ce qui est absolument central dans notre philosophie, c’est l’idée que les enfants sont des personnes à part entière qui ont aussi le droit de donner leur avis, leurs opinion set de peser sur les décisions qui vont les concerner. Concrètement c’est une école qui est gérée de manière horizontale, démocratique, par les adultes et les enfants.

  • le deuxième principe fondamental c’est la notion de la liberté de l’apprentissage qui est accordé aux enfants. 

Dans la construction de leurs parcours au quotidien, les enfants bénéficient de la possibilité d’organiser leur temps comme bon leur semble, avec la possibilité de faire appel à des adultes dans le cadre de la facilitation d’apprentissage. Mais les adultes en question n’ont jamais la vocation à faire peser des contraintes sur les enfants. Qui du coup évolue au quotidien en fonction de l’heure, rythme, envie, besoin, inspiration, leur motivation, le es relations se construisent dans le cadre du collectif sans qu’il y ait de notre part quelques formes de hiérarchisation des savoirs ou des enfants eux-mêmes. 

En fait il y a une volonté de sortir des paradigmes scolaires classiques comme le classement, le tri, ou encore de hiérarchisation des savoirs.

  • Et le dernier aspect, c’est la notion de décloisonnement d’âge ce qui est central dans notre fonctionnement 

Nous fonctionnons avec un principe dit, de classe unique. Les enfants ne sont pas séparés par classe d’âge, ils sont tous ensemble. C’est un grand collectif.  Des enfants de 5 à 18 ans, plus les adultes qui au quotidien évoluent ensemble et construisent des rapports sociaux authentiques, libérés de toute formes de cadre, de hiérarchies ou de contraintes institutionnelles.

Pour l’école en elle-même, concrètement l’espace fait à peu près 300 mètres carrés , elle accueille une quarantaine d’enfants en même temps. L’espace est organisé par thématiques : il y a des espaces qui sont plutôt dédiés au travail calme, comme la lecture ou la révision et des espaces qui sont plutôt dédiés à des activités plus dynamiques, plus animées, comme les activités artistiques, sportives… 

Mais il n’y a pas une volonté de séparer les enfants par classe d’âge, parce que justement, on a la conviction que les interactions entre enfants d’âges différents sont fondamentaux pour les apprentissages et pour la responsabilisation. Cela permettra aux enfants d’apprendre à vivre en société. C’est fondamental d’avoir cette habitude d’interagir sans faire de distinction, comme dans la vraie vie d’ailleurs. On ne sépare pas les enfants ni les adultes. par classes d’âges dans la vraie vie, ou alors quand on le fait c’est plutôt triste. Comme par exemple les personnes âgées dans les EHPAD. Nous croyons beaucoup au mélange intergénérationnel et au mélange des âges.

Eduscopie : est-ce qu’il existe plusieurs types d’école démocratique ?

Yazid : Oui tout à fait, il y a plusieurs types d’écoles démocratiques. Qui en fait sont tous le fruit de traditions et d’histoire différentes. 

Nous à l’école démocratique de Paris on identifie deux grands types d’écoles. Il y a les écoles dites Sudbury: c’est le modèle que nous avons adopté. 

C’est des écoles qui s’inspirent du fonctionnement de la Sudbury Valley School. C’est une école démocratique assez connue qui est devenue un peu un symbole des écoles démocratique. Elle est donc emblématique. Elle a vu le jour dans les années 60 dans la région de Boston dans le Massachusetts. C’est une école dont le concept repose sur l’idée qu’ il n’y aura aucune proposition faite par les adultes, hors de toutes interactions faite avec les enfants. 

Cela veut dire concrètement, au quotidien, les seules activités qui sont organisées par les adultes ou par les enfants sont des activités dont un ou plusieurs membres du collectif ont exprimé le souhait de l’organiser. 

Il n’y a pas chez les adultes une démarche consistant à dire, “ça serait bien qu’on fasse telle chose ou telle chose’, pour que les enfants apprennent certaines compétences. Il y a cette volonté d’être un peu radical dans la démarches c’est-à-dire que les enfants ne vont pas être “pollués” par une multitude d’incitations et de sollicitations et qu’ils vont avoir la possibilité de se découvrir dans le cadre d’un environnement qui riche, qui est évolutif . Au quotidien, il n’y a pas d’activités qui sont prévues à priori par les adultes. C’est le modèle qui a été adopté par l’école démocratique de Paris.

Ensuite, on a des modèles qui sont un peu différents notamment celui de la grande école de Summerhill qui est vraiment très connue et qui a donné son nom d’ailleurs à l’ouvrage, “Libres enfants de Summerhill”. C’est une école démocratique qui a vu le jour en 1921 et qui accueille des adolescents donc c’est plutôt un lycée/collège. 

Le fonctionnement est le suivant, il y a une gestion démocratique avec les enfants qui sont impliqués dans la gouvernance. En revanche, il y a des cours qui sont dispensés de l’école classique qui correspondent aux exigences au bulletin officiel de l’éducation nationale. Les enfants ont simplement la possibilité d’aller en cours ou pas. C’est ce qu’on appelle la liberté de fréquentation. 

C’est un fonctionnement qu’on retrouve notamment en France dans certains établissements qui ont vu le jour dans les années 80 comme le lycée autogéré de Paris sitée dans le 15e arrondissement, ou encore le lycée autonome de Saint-Nazaire. 

Ce sont des écoles qui ont ce genre de fonctionnement et qui sont publiques avec des professeurs payés par l’État et ils fonctionnent avec un principe de gouvernance partagée, adultes et enfants. On prend donc les décisions ensemble sur la vie quotidienne de l’école. En revanche l’inscription aux cours dispensés est libre, à chacun est librer d’aller en cours. 

Yazid : L’école démocratique de Paris est privée et en réalité ce qui va dicter le choix de fonctionner plutôt comme l’école de Summerhill ou celle de Sudberry c’est aussi les moyens matériels. Parce que, en effet, si on a la possibilité de rémunérer les professeurs, même si il donne cours à un ou deux élèves, quand on a cette possibilité, cela permet des choses qui ne sont pas possibles dans des établissements qui n’ont pas ces moyens là.

D’ailleurs Summerhill le lycée autogéré de Paris et celui de Saint Lazare ont pour points communs d’être des établissements publics et donc ils n’ont pas de loyer à payer et pas de salaire à payer. Donc, c’est plus aisé pour ces établissements d’organiser des cours en fréquentation libre. Nous on pourrait pas se le permettre financièrement.

Eduscopie : Vous avez choisi quelle statut pour votre école démocratique ?

Yazid  : On est sous la forme associative. Association de loi 1901.

On poursuit un but qui n’est pas lucratif, c’est aussi important. C’est à dire que on n’est pas du tout dans une démarche de vouloir faire de l’école un commerce. Pour pouvoir porter un projet pédagogique alternatif, il n’y a malheureusement pas d’autres statuts qui préjugent. On est un école privée hors contrat C’est un statut dans lequel on est un peu “confiné”.

Eduscopie : Quelles sont les spécificités pédagogiques de ton école et des écoles démocratique en général ?

Yazid : Comme je t’ai expliqué tout à l’heure, la spécificité de notre école, par rapport à toutes les écoles, c’est vraiment cette idée qu’il n’y aura pas de contraintes exercées sur les enfants. 

On est dans un rapport à l’enfant qui est marqué par un statut de confiance, qu’on ne retrouvera pas dans les autres écoles. 

D’ailleurs, on peut observer dans le quotidien, avec des enfants qui ne sont pas encore en âge d’aller à l’école, ils apprennent plein de choses de manière spontanée dans un mimétiser et avec une interaction quotidienne, avec le monde qui les entourent. Ils apprennent à parler, à marcher, à manger, à faire beaucoup de choses qui permettent d’être autonome et ils ont pas forcément besoin de professeur pour ca. 

Donc nous on interroge, cette conviction assez largement diffuse qu’à partir de l’âge 3 ou 4 ans, il faut que l’enfant se mette au pas et qu’il se mettre sous l’autorité de l’adulte, que c’est l’adulte qui va décider comment le temps de l’enfant est organisé avec un fonctionnement qui va être marqué par la contrainte et la coercition. Même si l’enfant est assis toute la journée, il ne bouge pas, à moins que l’adulte lui donne l’autorisation. Avec la conviction que si on ne lui donne pas ces contraintes-là, ils deviendront des bons à rien. 

Nous c’est ce fonctionnement qui nous posait problème et c’est la raison pour laquelle on a voulu avoir un établissement dans lequel on peut laisser libre cours à la créativité et l’imagination des enfants. Qu’ils aient cette possibilité de se découvrir et se construire en dehors des attentes que les adultes projettent sur eux. 

C’est ça qui va vraiment faire la différence entre chez nous, par rapport à ce qu’il se passe dans les autres écoles, en plus évidemment de la dynamique démocratique qui est omniprésente. 

Eduscopie : Donc c’est vraiment ça, qui vous a poussé à monter un tel projet que l’enfant ne soit pas soumis dès le plus jeune âge à l’adulte?

Yazid : C’est cette conviction effectivement que l’enfant peut se construire et s’épanouir dans un contexte, où il est autonome. Et que c’est d’ailleurs la meilleure façon de tirer le meilleur parti de sa créativité, de son imagination et des multiples talents dont il est doté naturellement.

Ce qui est un peu compliqué c’est qu’on ,ne soit pas aidé, par l’État, par les autorités, qu’on soit un petit peu isolé par rapport au reste du monde ce qui nous permet pas d’avoir une visibilité maximale.

Eduscopie : Peut-être parce que c’est quelque chose de nouveau ?

Yazid : Oui sans doute parce que c’est vrai. On en a pas parlé mais l’école démocratique a vu le jour en 1921. On est dans le premier siècle de son existence et globalement toutes les démarches qu’on va pouvoir associer à celle de l’éducation démocratique, les écoles libres en Allemagen etc… vont commencer à voir le jour au début du 20e siècle. 

En France on a eu les écoles mutuelle ça a été un épisode pédagogique qui est d’ailleurs pas très connu et qui fonctionne aussi sur des principes différents, respectueux du rythme de l’enfant et de son libre arbitre. Mais sinon à part cette petite parenthèse dans les années 80 l’éducation démocratique au sens strict c’est très récent en France, c’est arrivé en 2014. Nous l’école démocratique de Paris, on a vu le jour en 2016 donc 2 ans plus tard. 

Et à partir de la création démocratique de Paris en 2016, on a vu se multiplier les initiatives d’écoles démocratiques un peu partout, ce qui d’ailleurs a éveillé l’attention des autorités.

L’augmentation des écoles privées hors contrat ont commencé à voir naître des conditions pour pouvoir rendre l’ouverture d’école plus compliquée. Du coup des lois ont été votées depuis début 2016, pour renforcer les contrôles, qui rendent la démarche d’ouverture plus compliquée. Qui d’ une certaine manière ils imposent aux écoles même alternatives le paradigme éducatif de l’école classique. On va dire qu’on n’est pas forcément très bien perçus par les autorités. 

Eduscopie : Et vous pensez qu’aujourd’hui ça va s’améliorer ?

Yazid : On va dire qu’au niveau institutionnel, il n’y a rien qui laisse penser que la situation va s’améliorer les prochains mois ou prochaines années. 

A moins d’un bouleversement je ne vois pas comment on pourrait retourner vers des régimes qui sont un peu plus conciliants avec les établissements comme les nôtres. 

En revanche, ce qui est intéressant de voir c’est comment le projet de loi comme le dernier qui est en cours de discussion sur le séparatisme, amène du coup un certain nombre de personnes qui ne sont pas forcément a priori intéressées à la question éducative et qui eux commencent à se poser des questions. 

C’est intéressant de voir que le débat est éveillé par ces dispositions et ces initiatives législatives pour l’instruction en famille qui promet d’être plus sévère par cette loi. Il a pleins d’initiatives citoyennes, un peu partout en France, pour sensibiliser les députés à l’importance de l’instruction en famille, pour faire vivre la diversité éducative et du coup, ça amène des discussions qui n’étaient pas possibles avant. 

On vit dans un pays où les gens pensent encore que l’école est obligatoire alors que c’est l’instruction qui est obligatoire. Donc cela est porteur d’espoir pour la suite en terme d’auto-organisation citoyenne et de mobilisation des individus pour faire valoir les droits 

Eduscopie : Existe t’il des aides ?

Yazid : D’un point de vu financier, ce qui se passe c’est que les écoles sont livrées à elles-mêmes. 

Donc nous par exemple, à l’école démocratique de Paris ce qu’on a fait c’est qu’on s’est lancé assez vite dans une démarche de recherche de mécènes, en absence de financement public, on a pris parti de rechercher des financements qui nous permettrait d’accueillir des enfants sans qu’ils aient à payer l’intégralité des frais de scolarité. 

Donc on a des mécènes qui nous accompagne tous les ans depuis qu’on a créé l’école en 2016 justement pour qu’on puisse rendre notre école accessible pour les familles qui n’ont pas les moyens, donc en moyenne sur une année scolaire ou non un taux boursier qui avoisine les 30 % pour une école privé hors contrat, c’est plutôt rare. 

Eduscopie : quel est le coût d’une scolarité ? 

Yazid : On l’a fixé à un montant qui nous paraissait le minimum pour pouvoir couvrir nos charges (loyers, salaires, dépenses courantes). On a donc fixé à 5500 € à peu près par an, pour tous les âges. 

Eduscopie : Question rythme scolaire : Les enfants ont cours de 8h à 16h, ou vous avez aussi un emploi du temps un peu plus flexible ?

Yazid : On est ouvert de 9h à 17h30, du lundi au vendredi, les enfants peuvent arriver entre 9h et 11h. 

Ce qui est demandé aux enfants et aux adultes, c’est 6 heures de présence, avec un respect du calendrier de l’éducation nationale en termes de vacances.

Eduscopie : Donc du coup, toutes les 6 semaines, ils ont 2 semaines de vacances ?

Yazid : C’est exactement ça. 

Eduscopie : Avec le recul, quels sont les meilleurs atouts et les plus grosses difficultés dans le processus de création de l’école ?

Yazid : En vérité si tu veux, on a ouvert l’école à un moment où c’était encore relativement simple, de créer des écoles. C’était avant 2016, c’était avant la loi Gatel. 

Pour résumer c’est un dossier à déposer avec un projet pédagogique un plan du local, une attestation comme quoi le local est aux normes , avec une pièce d’identité des directeurs, c’est un dossier qui était assez simple à construire et il n’y avait que 1 mois de délai avant d’avoir la validation de l’ouverture par l’Académie.

Il n’y avait pas la possibilité pour l’académie d’émettre un jugement de valeur sur le projet pédagogique en lui-même. C’était relativement simple à monter. 

Une fois qu’on a trouvé le local, c’est ça s’est joué en quelques semaines pour l’ouverture. 

Aujourd’hui, c’est devenu plus compliqué, les délais se sont allongés, l’académie à trois mois pour juger le dossier. Et surtout maintenant, il y a plein de dispositions qui permettent à l’État et donc à l’Académie de s’opposer à l’ouverture au motif que le projet pédagogique n’est pas un projet scolaire. 

Du coup, c’est devenu plus compliqué aujourd’hui d’ouvrir une école, mais ça se fait encore. Les écoles ouvrent aujourd’hui mais il faut être prêt effectivement à “batailler” avec l’autorité et c’est ça qui est un peu fatiguant, le côté administratif qui est toujours omniprésent. 

En plus du volet matériel, il n’y a pas de subvention prévue pour ce genre de projet , onc il va vraiment falloir se débrouiller pour trouver les moyens de couvrir les premiers loyers, le matériel….

Eduscopie : Quels conseils donnerais-tu, au porteur de projet avant de débuter ou aux personnes qui s’intéressent à la création d’une école démocratique ?

Yazid: Mon conseil est de savoir dans quoi on met les pieds, il faut avoir bien réfléchi à la nature du projet qu’on peut porter, il faut avoir réfléchi à la nature de l’interaction qu’on prévoit d’avoir avec les enfants au quotidien. Il faut être clair sur la place qu’on réserve à la démocratie et à la liberté des enfants au quotidien. 

Qu’est-ce qu’on a en tête en termes de gouvernance ? Aussi ce que j’ai pu contacter chez nous et aussi dans les autres écoles qui ont ouvert un peu partout en France ces dernières années c’est que le “gros frein” au-delà des aspects externes del’administration, du financement … c’est surtout les sujets d’équipe, les sujets internes. Le désaccord entre les porteurs de projet sur certains sujets qui n’ont pas été suffisamment discutés au préalable.

Moi, il me semble vraiment fondamental de poser les bases du projet et de poser la raison d’être de ce projet là et du coup de clarifier dès le début ce qu’on entend par école démocratique, ce qu’on entend par liberté des enfants, par gouvernance horizontale … et ça paraît être la meilleure façon d’éviter les malentendus. 

Le sujet c’est évitons les malentendus et essayons d’être au clair sur ce qu’on a envie de faire comme école exactement. Quand on a une bonne équipe qui sait où elle va, derrière c’est plus facile de surmonter les obstacles divers et variés, qui vont se dresser sur votre chemin.

Eduscopie : Oui parce que vous êtes d’accord, vous savez ce que vous voulez et donc c’est plus facile !

Yazid:  Exactement.

Eduscopie : Je te remercie Yazid pour ta participation et pour ton temps et puis je te souhaite bon courage pour la suite et je te dis à bientôt.

Yazid : Avec plaisir, merci et à bientôt !

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