Podcast 8 #  -La première école Charlotte Mason de France

Céline Garcia est directrice d’une école indépendante et la première de France à utiliser la pédagogie Charlotte Mason.
Elle nous explique dans ce podcast la création de son école et de la pédagogie Charlotte Mason à travers son expérience sur le terrain.

Eduscopie
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Podcast 8 #  -La première école Charlotte Mason de France
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Nouveau podcast concernant une école indépendante qui se nomme Oasis et Nature.

Nous accueillons, Céline qui va nous parler de son école indépendante et la première de France à utiliser la pédagogie Charlotte Mason.

Vous êtes sur le podcast d’Eduscopie, organisme de formation qui accompagne les écoles indépendantes et innovantes dans leur optimisation administrative et pédagogique. 

Céline : Je m’appelle Céline Garcia j’ai fondé une école alternative qui a ouvert ses portes à la rentrée de l’année dernière (septembre 2022), c’est la première école en France qui base ses apprentissages sur la pédagogie Charlotte Mason en nature. On a beaucoup de liens pédagogiques par la nature et l’école se situe en Gironde dans le sud Gironde à 1h de Bordeau/ 1h d’Agen.

Eduscopie : Est-ce que tu peux nous en dire plus sur les spécificités de ton école et notamment la pédagogie Charlotte Mason ?

Céline : Pour situer notre effectif, on accueil une trentaine d’enfants dans 2 groupes de 15 élèves en maternelle sur un multiniveau et 15 en élémentaire multiniveau du CP au CM2.

C’est important car dans la pédagogie Charlotte Mason on a un rythme qui est spécifique, c’est-à-dire que les enfants sont amenés à être beaucoup en extérieur.

Charlotte Mason disait qu(avant 6 ans, ils devaient y passer au moins 6h par jour.

Donc nos maternelles passent énormément de temps en extérieur, parce que on a la chance d’avoir un espace d’un hectare avec un sous-bois, une prairie juste autour de l’école. On est d’ailleurs en train de créer une micro-ferme.  

Nos maternelles sont en extérieur quasiment toute la journée. On atteint nos 6h, parfois c’est 4h selon la météo, on les incite à sortir par n’importe quel temps sauf conditions très inconfortables.

Les plus jeunes rentrent pour faire la sieste sinon même le repas se passe en extérieur si les conditions météorologiques le permettent.

On est vraiment sur des apprentissages en nature un lien qui se développe par les observations et les expériences par tous les outils que Charlotte Mason nous a laissé.

Pour les plus grands, on est sur un rythme où ils sont en classe le matin avec un rythme d’apprentissage de leçons courtes,  c’est ce que Charlotte Mason préconisait. Même l’enchainement des leçons était étudié pour que ce ne soit pas la même zone du cerveau qui soit sollicitée.

Charlotte Mason avant même les neurosciences avait pensé à des choses bien fondées pour trouver ensuite tout un emploi du temps qui est très rythmé c’est-à-dire des leçon très courtes : ça va aller de de 10 min pour certaines leçons comme par exemple la poésie, ou pour les plus grands CM1-CM2 une leçon de mathématiques c’est 30 min maximum. En CP plutôt 15/20 min pour une leçon de mathématiques. On est vraiment sur des temps courts et sur des apprentissage très vivants et très dynamiques.

Les plus grands (6ans-11ans) CP- CM l’après-midi sont en extérieur aussi pour faire des activités, divers apprentissages : histoire naturelle, travail du bois, des activités manuelles/sportives/ créatives. On est sur un emploi du temps et un contenu très riche.

Eduscopie : Vous êtes sur un bel espace extérieur tu m’as dit et donc vous avez un bâtiment en dur forcément ?

Céline : On a un joli bâtiment, on a la chance d’avoir un vieux bâtiment en pierre qui a été très bien rénové, c’est vraiment une belle bâtisse. C’est un bâtiment qui fait 150m2, on a cet espace en nature pour moi c’est très important de trouver un lieu avec une atmosphère.

Charlotte Mason parlait beaucoup de l’atmosphère d’apprentissage donc le fait d’avoir un bâtiment en pierre avec des poutres, quelque chose qui a vraiment une âme. je pense que ça participe aussi à créer une atmosphère propice aux apprentissages.  

Eduscopie : Est-ce que ça a été dur pour toi de trouver le lieu, tu as mis du temps ? C’était compliqué ? 

Céline : J’ai fait le choix personnel de financer l’achat du lieu, j’ai donc déménagé sur le lieu parce que c’est un espace où il y a mon logement en plus de l’espace de l’école. Donc ça a été dur oui, car il fallait une surface en conséquence, mais j’ai eu cette opportunité quand même de financer sur mes propres achats d’un bien immobilier pour accueillir le projet.

Eduscopie : Donc c’était initialement une habitation ?

Céline : Voilà c’était une habitation qui avait deux espaces, deux maisons à côté et elle a été mise aux normes pour créer l’école.

Eduscopie : Tu parlais tout à l’heure des leçons courtes,  parle nous de la pédagogie Charlotte Mason, ses fondamentaux. Est-ce que ces leçons-là sont proposées par l’enseignant ou est-ce qu’il y a un choix autonome des enfants sur ce qu’ils vont faire la journée ? Comment cela se passe ? Puis qui est Charlotte Mason peut-être.

Céline : Deux mots sur Charlotte Mason car elle est effectivement peu connue en France donc c’est une pédagogue anglaise qui était contemporaine de Maria Montessori, même si elles ne partageaient pas la même vision. Elle a énormément œuvré pour la pédagogie à son époque, à la fois en enseignant elle-même mais aussi en formant des enseignants.

Elle a ouvert un lieu pour former spécialement des enseignants et de là, ont essaimé de nombreuses écoles en Angleterre et ensuite plus tard dans les pays Anglophones.

C’est une Pédagogie peu connue et répandue en France pour l’instant, car il y a la barrière de la langue et peu de ressources en français mais cela progresse de plus en plus.

Elle a rédigé une vingtaine de principes qui sont disponibles sur le site de Charlotte Mason France traduit et expliqués, donc c‘est intéressant de s’y référer.

Elle était dans le respect de la personnalité de l’enfant, du moins que c’était une personne à part entière, et non pas un vase qu’on devait remplir : l’enfant à tout en lui et elle considérait les enseignants, éducateurs comme les guides de l’enfant.

L’objectif pour un éducateur c’est d’amener l’enfant à participer à un festin, elle parlait d’un “festin d’idée” qu’on lui met à disposition, énormément de connaissances, de livres. Le meilleur support pour elle était le livre vivant,  c’est-à-dire des idées bien écrites avec des mots de vocabulaire qui ne sont pas bête ou qui n’appauvrissent pas le langage, et elle préconisait des livres de premières main.

Je vais illustrer ça par exemple en Histoire l’idéal c’est de lire un livre d’un contemporain  des événements, ou une partie d’un livre, ou une biographie. En Géographie ça va être le récit de l’explorateur, on va voyager en découvrant. Elle mettait en avant ces livres là et elle n’utilisait pas de manuel.

Nous on applique ces méthodes-là sauf en mathématiques on utilise une autre méthode. On s’inspire très fortement de sa pédagogie et en même temps on respecte le socle de connaissance que les enfants doivent acquérir à 16 ans donc on les accompagne aussi avec d’autres méthodes pour les mathématiques afin de correspondre au programme de l’éducation nationale et même un peu plus loin.  

Eduscopie : Est-ce que tu peux nous dire d’autres fondamentaux de cette pédagogie ? Tu nous a parlé des livres vivantsn il y a d’autre choses qui sont fondamentales ?

Céline : Oui donc il y a la narration : on a une salle de classe particulière puisqu’on a un grand espace canapé c’est un peu une maison dans l’école parce que il y a énormément de narration. Ca veut dire que l’enseignant va lire des textes donc des livres vivants, en parties pour faire la leçon et l’enfant va être amené à faire des narrations. Au fur et à mesure qu’il grandit, au départ ça va être des narrations orales, ça peut être des narrations dessinées, des narrations sous forme de jeux théâtrales puis enfin des narrations écrites quand l’enfant est à l’aise avec l’écriture ou des narrations dictées à l’adulte. Donc là l’idée c’est vraiment de se réapproprier le contenu en étant sur une mémorisation à court terme : je raconte ce que je viens d’entendre et cela demande une grande concentration de l’enfant car la lecture ne se fait qu’une seule fois. Ce qui veut dire un silence et une grande concentration. Ensuite sur la leçon suivante on rafraichit sa mémoire et on redemande aux enfants de nous dire ce que l’on a lu la fois précédente.

On réengage tous ses apprentissages très régulièrement, on fait aussi une fête d’apprentissage en fin de trimestre à chaque trimestre pendant une semaine et on se remémore à nouveau tout ce que l’on a pu narrer à l’oral ou à l’écrit tous ensemble.

Eduscopie : La narration ça mobilise énormément de compétences car dans notre actualité avec l’oralité c’est quelque chose de difficile, travailler son discours, l’améliorer c’est fondamental, encore plus maintenant. On ne parle plus, on organise plus nos discours, il y a beaucoup d’écrit abimé maintenant par les abréviations et les communications rapides avec les réseaux donc tout ça ce sont presque des trésors perdus. 

Céline : Il y a de ça; je suis d’accord avec toi et en tout cas on préserve ça et on le développe chez les enfants et je pense que c’est extrêmement important. On veut donner les clés aux enfants, ils en ont besoin c’est sûr.

Eduscopie : Et cela représente quoi ces fêtes de fin de trimestre ?  

Céline : Alors à chaque fin de trimestre Charlotte Mason prévoyait cela dans ses emploi du temps qui sont accessibles aujourd’hui. Nous on a appelé cela la fête des apprentissages dans notre école. C’était donc une semaine d’examen c’est-à-dire que l’enfant était mis en situation de réussite car il n’a pas de contrôle ni de notation. C’était vraiment célébrer ce qui a été appris par l’enfant, pendant ce trimestre et lui permettre d’en parler aux autres enfants, à l’équipe pédagogique mais aussi devant les parents et de valoriser tout ce qu’il a appris, puisque c’est ça pour nous le but de l’éducation c’est fêter ses apprentissages et ne pas se focaliser sur ce qui n’a pas été appris ou en cours d’acquisition mais valoriser ce qu’ils ont appris.

On met l’enfant en situation de réussite donc ça passe par des questions ou par propositions des enfants aussi. Ils peuvent proposer de réciter une poésie.

Eduscopie : Et du coup il n’y a pas de notation en pédagogie Charlotte Mason, mais est-ce qu’il y a des évaluations ?

Céline : On utilise cette période d’examen comme une évaluation, ce n’est pas présenter comme tel à l’enfant c’est-à-dire qu’on a pas de révision avant, on ne leur met pas une pression. Mais c’est vraiment nous, en termes de suivi des apprentissages, puisqu’on fait une évaluation des compétences et en termes de suivi, cela nous permet de savoir où en est l’enfant et de ensuite réadapter notre proposition derrière, s’il y a besoin durant cette semaine.

Eduscopie : Est-ce que tu peux nous donner d’autres particularités qui font l’identité de la pédagogie Charlotte Mason ? Tu nous parlais de la nature forcément il y beaucoup de choses qui sont reliés à la nature il me semble dans l’observation etc…

Céline : Il y a beaucoup de choses liées à la nature et notamment elle disait que les compétences, pourquoi les petits avant 6 ans doivent être dans la nature peut être que c’est du temps perdu et en fait elle, elle disait que les enfants posaient toutes leurs futurs compétences dans ces années-là parce que à travers l’observation en particulier ils allaient développer leur conscience scientifique et leur capacité de concentration…

Énormément de choses qui ensuite vont être mises à disposition de l’apprentissage plus formel donc pour elle c’était essentiel que l’enfant soit en lien avec la nature, le vivant, dans le respect du vivant.

De nos jours je pense que c’est ce qu’on souhaite aussi à nos enfants c’est-à-dire prendre soin de la nature et être connecté à elle. Quand on voit qu’il peut y avoir cette maladie du manque de nature chez certains adultes on sait à quel point c’est précieux de préserver ce lien-là.  

Donc beaucoup d’observations et elle faisait faire des dessins donc même nos plus petits font de l’aquarelle, ils s‘entrainent;  Ils font des dessins ils essayent de représenter ce qu’ils observent. On est sûr de la saisonnalité voilà, on ne l’étudie pas dans des livres on le vit c’est ça l’apprentissage vivant : vivre au maximum les choses.

Eduscopie : Est-ce que tu voudrais ajouter d’autres choses sur cette pédagogie qui font la particularité de ton école peut-être ?

Céline : Une subtilité de l’organisation représentative des écoles qu’a conçue Charlotte Manson : le matin on accueille les enfants à partir de 7h45 et jusqu’à 8h45 pendant 1h les parents peuvent rester s’ils le souhaitent.

Elle, à l’époque, elle avait dit que c’était pour convaincre les parents et leur montrer comment ça se passait : comment les éducateurs communiquaient avec les enfants, comment les enfants interagissaient entre eux. Que les parents puissent avoir ce regard dans l’école et aussi peut-être s’inspirer par exemple comment l’éducateur résout les conflits, quels mots sont employés, comment se positionner par rapport à l’enfant etc… Donc voilà une heure ou les parents peuvent rester, partager un moment soit en observant soit en étant avec l’enfant. Donc c’est spécifique.

Eduscopie : Est-ce que les parents d’aujourd’hui le font ?

Céline : Oui, certains parents le font, de temps en temps, évidemment tout le monde ne peut pas le faire sur la contrainte des rythme de chacun, mais ils le font.

Eduscopie : Est-ce que ça se formalise d’une manière particulière par exemple dans une classe Montessori il y a une chaise de l’observateur puis un protocole de l’observateur avec des indications qui lui sont transmises de sa présence dans l’ambiance. Est-ce qu’il y a quelque chose comme ça dans la pédagogie Charlotte Mason ?

Céline : Il n’y a pas de protocole pour les parents si ce n’est de prendre exemple sur l’équipe qui est là c’est-à-dire on parle doucement, on se met à la hauteur de l’enfant pour s’adresser à lui ce genre de choses. C’est beaucoup en maternelle que les parents restent, les grands ont moins ce besoin je pense de venir voir comment se passe ce temps de début de journée.

Eduscopie : Qu’est-ce qu’est une journée type rapidement d’un élève d’élémentaire par exemple ?

Céline : Alors en élémentaire on commence la journée à 8h45, on fait un cercle du matin pour savoir comment les enfants se sentent, et travailler nos émotions et les exprimer.

Ensuite on commence à 9h,  on aborde une dizaine de matières dans la matinée avec des leçons courtes qui s’enchainent jusqu’en milieu de matinée.

Je vais vous donner un exemple on commence toujours par ou histoire ou géographie ça c’est 20min après il y a la leçon de littérature et un temps de poésie.

En milieu de matinée il y a ce que l’on peut appeler une pause : c’est un temps de collation de 10 min et un temps de yoga tous les matins ou relaxation cela dépend de l’état des élèves et de leurs besoins. À l’origine Charlotte Manson faisait faire de la gym suédoise.

Les cours se terminent à 12h, ensuite c’est le temps de repas en extérieur (si le temps le permet) et après le repas ils vont en extérieur.

Pour l’après-midi, de l’apprentissage donc par exemple le lundi après-midi ça va être histoire naturelle, le mardi ils font du théâtre et de la méditation, car on a la chance d’avoir un enseignant former à tout ça.

Le jeudi ils vont faire tout ce qui est géographie extérieure et travail du bois, le vendredi, des jeux coopératifs, donc ça c’est pour ce trimestre. Il y a des choses qui restent le trimestre prochain et des choses qui changent.

Eduscopie : Donc les leçons sont faites pour tous les élèves organisées par l’enseignant ?

Céline : Oui, toutes les leçons sont organisées par les enseignants en sachant qu’on a un petit groupe de CP, les CE qui sont ensemble (CE1/CE2) car on a tous les niveaux même si on a peu d’enfants, et les CM sont ensemble. Donc il a des sous-groupes et ça permet aussi aux enfants de pouvoir s’adapter à son niveau réel, de là ou il en est de ses apprentissages en le changeant de niveau. C’est quelque chose qu’on valorise, on ne parle pas de niveaux quand on parle avec les enfants.

Faut dire que c’est notre première année et que les enfants qui arrivent du système traditionnel ont du mal à déconstruire toutes ces perceptions en fonction des niveaux, mais nous on s’adapte vraiment à où se situe l’enfant dans son apprentissage et de quoi il a besoin. On essaie de répondre à ça du mieux qu’on peut donc on a des sous-groupes qui peuvent s’adapter.

Eduscopie : D’accord. Pour finir sur la spécificité pédagogique, il y avait une présence très importante de la bible et de l’enseignement religieux dans la pédagogie Charlotte Mason est-ce que cela trouve sa place dans ton école aujourd’hui ?

Céline : On a fait le choix de faire un établissement laïque donc il n’y a absolument pas de liens avec la bible ou la religion. Souvent la façon dont elle en parle, elle parle énormément de Dieu alors dans certains supports qu’on utilise qui sont des supports originaux bien sûr on n’utilise pas les parties qui sont directement liées à la bible.

En revanche elle, elle faisait beaucoup de lien avec la nature, avec ce respect de la nature de ces choses qui sont vivantes et donc ça on le transmet à travers nos apprentissages.

Il n’y a pas de leçon précise sur ça, mais pas de religion mis en avant. On a fait ce choix particulier car l’apparition de la bible est très présente dans sa pédagogie, elle vivait à l’époque victorienne on était dans une société ou c’était omniprésent.

Donc c’est une pédagogie Charlotte Mason qu’on met en place, mais effectivement sans cette partie-là.

Eduscopie : D’accord. On va revenir maintenant sur ton processus de création de l’école pour soutenir les éventuels porteurs de projet qui voudrait ouvrir des écoles indépendantes ou des écoles Charlotte Mason. Pour toi, ton expérience de la création d’école, est passé par quelles étapes de création ? 

Céline : L’envie qui était un déclic, une évidence décidée au moment des restrictions sur l’instruction en famille qui a été mon dernier petit déclic qui me manquait pour me lancer. C’était quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps. Et ensuite il y a eu beaucoup pour ma part, de passage à l’écrit donc énormément de rédaction, de travail écrit avant de me lancer dans la réalisation concrète, chercher un lieu etc…

Ce qui a été particulier dans mon parcours c’est deux étapes : j’ai commencé à travailler avec quelqu’un qui avait aussi dans l’idée d’ouvrir une école en nature mais on n’avait pas la même vision donc au bout de 2/3 mois on a arrêté de travailler ensemble. Ça n’a pas été forcément évident. Ensuite j’ai retravaillé avec quelqu’un d’autre qui finalement n’avait aussi pas les même visions. Un parcours un petit peu, pas évident en tous cas dans le collectif, dans le travailler ensemble parce que finalement ouvrir une école c’est trancher énormément de points, énormément de questions de toutes ordres et c’était deux personnes que je ne connaissais pas forcément bien, qui sont venues vers moi avec cette envie, mais finalement l’envie n’a pas suffi pour poursuivre l’aventure jusqu’au bout.

Et après dans mon parcours, à part la « problématique humaine » j’ai eu la chance de trouver un lieu et de pouvoir l’acquérir donc ça c’était extrêmement facilitateur.

Ensuite en termes de démarches administratives, moi j’ai fait beaucoup de gestion de projet dans ma vie professionnelle passée, donc j’avais les outils en ce qui concerne la gestion administrative etc pour mener à bien ces parties là.

J’ai fait le choix d’une école associative c’est ce qui correspondait le plus à ce que je voulais mettre en place, on a été accompagné par un dispositif d’accompagnement des association donc ça a permis de structurer énormément l’association.

Eduscopie :

Ils vous ont accompagné sur quoi typiquement ?

Céline :

Ils nous ont accompagné sur les statuts, le prévisionnel, sur l’implantation au niveau du territoire et le lien avec les pouvoirs publics, la mairie etc… Moi j’ai la chance de me situer dans une petite commune rurale de 330 habitants et d’avoir le soutien de la marie. C’était une condition suspensive de l’achat du bien (l’accord du maire) pour moi c’était essentiel.

En sachant qu’on a encore une école communale sur la commune donc c’était très important qu’il ne me voit pas comme un concurrent.

Moi je défends vraiment l’idée d’une autre proposition autre qui peut correspondre à des enfants mieux que le système traditionnel, je défends cette idée de faire cohabiter les différentes possibilités.

On s’oppose pas du tout à l’éducation nationale au contraire on essaye même d’emmener la classe du village dehors pour expérimenter. Donc on est en cours de travail là-dessus.  

Eduscopie : Comment s’appelait le dispositif d’accompagnement de l’association ?

Céline : Le DLA, Dispositif Local d’Accompagnement.

Eduscopie : Est-ce que tu as reçu des aides financière pour tout ce qui était par exemple l’aménagement de l’école, petits travaux, comment tu as fait ?

Céline : Alors aucun, ce sont uniquement moi et mon compagnon qui ont financé les travaux et l’achat immobilier. On a ouvert en 2022 et en termes d’aides financières, les mois qui ont précédés étaient très compliqués, on était dans un contexte d’élection, de budgets gelés, on ne pouvait pas prétendre à des aides au niveau de l’emploi.

De ce côté-là ça a été peu favorable et on a eu peu de soutien.

En plus, on a fait le choix d’une politique tarifaire qui ne fait pas porter le poids intégral de la scolarité aux parents.

On avait fait le choix de faire beaucoup d’événements et de créer d’autres choses pour multiplier nos sources de revenus.

Là on se retrouve en février-mars il faut qu’on ait un coup de pouce, donc voilà on fait des dossiers de demande de subvention partout pour au moins financer des projets, pour avoir du soutien financier parce qu’on est sur un schéma économique qui est encore fragile pour l’instant et surtout on peut accueillir 30 enfants mais on en a que 17 donc cela joue sur le prévisionnel. Donc on y travaille.

Eduscopie : Est-ce que les parents s’investissent, peut-être dans une organisation de parents pour faire des évènements aussi ?

Céline : Absolument, on est sur un schéma d’association ou les parents sont investis et sollicités. Ils s’engagent quand ils inscrivent leurs enfants à participer à des chantiers participatifs puisque on est sur un lieu en nature. On veut aussi que ce soit un lieu de préservation de la biodiversité donc on réalise des actions dans ce sens et les parents participent aussi aux évènements. Ils font partis de groupe qui crée les évènements, ils les animent bénévolement… On est tous très impliqués dans la vie de l’association et on a tous à cœur de montrer à nos enfants qu’on agit et crée ensemble. Ce n’est pas que les enfants qui viennent à l’école, c’est leur montrer aussi tout ce qu’il se passe autour on a fait par exemple un marché de noël début décembre, sur place on a fait venir de plus de 500 personnes, c’est aussi du lien pour le territoire fin plein de choses humainement qui se passent et qui sont riche de sens pour les enfants et leur famille.

Eduscopie : Combien de temps avant l’ouverture tu as initié le projet ?

Céline : Je dirais 1 an et demi-avant j’ai commencé vraiment à écrire.

Eduscopie : Tes écrits justement c’était sur ça ? Comment tu veux formaliser la pédagogie.

Céline : Oui c’était tout ce qui était à propos du programme pédagogique, le rythme des enfants, comment on fait un processus d’inscription, quelles étapes, qu’est ce qui est important… Énormément de choses de réflexions de tous types, l’horaire…

C’est vrai qu’il y a énormément de choses auxquelles penser en terme d’organisation, en terme de recrutement : quel type d’équipe on veut, quelles compétences je mets dans l’équipe… J’ai fait un choix un petit peu particulier donc on a 4 personnes qui viennent travailler à l’école on a une enseignante issue de l’éducation nationale qui a le titre de directrice officielle au niveau de l’académie, une éducatrice nature qui a le statut d’enseignante aussi mais qui était guide naturaliste et qui transmet ses compétences en termes de connaissance du vivant et on a un éducateur spécialisé qui lui est formé au yoga et à la méditation. On a une assistante en maternelle en plus. C’était important pour moi qu’il y ait cette pluralité de compétences et complémentarité pour les enfants.  Également la présence d’homme et de femme. Toute la richesse de mon équipe c‘est leurs parcours différents.

Eduscopie : Avec du recul quels seraient les conseils que tu donnerais aux porteurs de projet avant de débuter ?

Céline : Moi je dirais que c’est de bien assoir leur prévisionnel financier et de ne pas faire un prévisionnel trop optimiste, surtout quand on est en associatif pour être serein financièrement.

Se poser la question de, aussi est ce que l’on ouvre ou pas car lorsque l’on débute on n’a pas l’effectif complet, comment on se projette là-dessus. Et je pense que mon expérience humaine, fait que je suis hyper bien entourée il y a 7 administrateurs dans l’association bénévole avec qui cela fonctionne très très bien.

Eduscopie : Qui t’ont rejoint après au fur et à mesure, pas dès le début ?  

Céline : Voilà ils m’ont rejoint après, certains à ma demande, pour permettre une vision plus macro des choses : une directrice d’établissement de l’éducation nationale, les parents, la fondatrice de Charlotte Mason France, la responsable régional du Réseau Pédagogie Par la Nature. Je trouvais ça intéressant car ça permet d’interroger le projet d’une autre manière avec un avis extérieur.  Cela donne une richesse aux choses   

Eduscopie : Quels ont été tes plus grosses difficultés et tes meilleurs atouts sur ton parcours de création ?

Céline : Acquérir les locaux facilement, après je me suis énormément appuyée sur mes compétences qui ont été très favorables  (cadre, management, gestion de projet…) La difficulté ça a été la relation humaine complexe. L’humain dans nos projets n’est pas toujours évident.

Eduscopie : Cela nous permet d’apprendre énormément sur l’organisation humaine, aussi sur nous-même : nos limites, nos compétences.

Céline : Ce parcours de créateur d’école je pourrais dire que ça m’a changé car entre l’idée écrite et la réalisation c’est clair qu’humainement on passe par toutes sortes d’étapes (déception, arrêt d’une collaboration, étape de grande joie). C’est une sacrée aventure.

Eduscopie : Réalises-tu l’aboutissement d’avoir ouvert cette école ?

Céline : Oui, et en même temps à quelques mois de la première rentrée, on est toujours dans un travail, dans une dynamique de on accompagne nos élèves sur tous les plans : à être la meilleure version d’eux-mêmes, Donc on les accompagne dans leur lien aux autres.

Avec l’équipe pédagogique on se questionne tout le temps, on se remet en question, on s’améliore, compare nos façons de faire. Donc c’est un travail qui demande une énergie, qui se poursuit mais il y a la satisfaction immense de se dire que l’école est ouverte et qu’elle fonctionne.

Eduscopie : Un mot de la fin ? Un site internet ?

Céline : On a un site qui s’appelle Oasis nature et savoir et une page Instagram et Facebook.

Pour ajouter je suis ravie de recevoir des créateurs de projets, j’en ai reçu il n’y a pas longtemps je leur ai proposer de faire une demi-journée en immersion pour voir comment cela se passe dans l’école. De temps en temps c’est quelque chose qu’on peut proposer.

Eduscopie : Tu as des ressources spécifiques sur la pédagogie Charlotte Mason ?

Céline : J’utilise les ressources de Maéva Dauplay mises à disposition avec la collaboration de nos jours dorés pour les familles qui font l’ief. On les a adaptés bien sûr à un contexte de classe. On crée aussi nos propres supports au fur et à mesure du temps et notre propre programmation pour les années à venir, pas encore estampillés pour l’instant.

L’idée c’est de formuler quelque chose par écrit pour accompagner des porteurs de projet qui aurait envie de créer d’autres écoles Charlotte Mason.

Eduscopie : Aujourd’hui si quelqu’un veut en savoir plus sur la pédagogie Charlotte Mason il faut le renvoyer vers quelle source ?

Céline :  Charlotte Mason France c’est le site référence pour tout ce qui va être ressources en français il y a même le premier volume de son lire traduit. (charlottemason.fr) Si vous voulez vous plonger dans la pédagogie Charlotte Mason c’est sur ce site-là qu’il faut aller.

Eduscopie : Merci beaucoup pour ta participation à ce podcast

Céline : Avec plaisir

Oasis et Nature 1ère école Charlotte Mason: Oasis Nature et Savoirs (@oasisnatureetsavoirs) • Photos et vidéos Instagram

2 réponses sur « Podcast 8 #  -La première école Charlotte Mason de France »

bonjour, est-il possible d’écouter ces podcast sur Apple Podcast ou autre plateforme d’écoute ? Je ne les trouve pas…
Merci !

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